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Nadège Prugnard : Du théâtre du choc et de la secousse

Patrick Foulhoux

Patrick Foulhoux

patrick.f@scarlettemagazine.com

Comédienne, metteuse en scène, autrice, la Clermontoise est restée très active pendant le confinement. Malgré un emploi du temps chargé, l’artiste prend le temps de répondre à Scarlette.

Native de Clermont-Ferrand avec une grand-mère cantalienne originaire de Riom-ès-Montagne, Nadège Prugnard débute dans le métier l’année du CAPES de philosophie. Elle étudie au Conservatoire d’art dramatique de Clermont-Ferrand où elle monte avec Rachel Dufour de la compagnie Les Guêpes Rouges, Les Larmes amères de Petra von Kant de Rainer Werner Fassbinder. Dans la foulée, elle est engagée comme comédienne par la Scène Nationale de Clermont au milieu des années 90. Elle a 20 ans. En 1999, elle crée sa propre compagnie, le Magma Performing Théâtre.

Les spectacles

De comédienne, Nadège Prugnard développe son art et se tourne naturellement vers l’écriture après une rencontre capitale avec le metteur en scène Jean-Louis Hourdin et le dramaturge Eugène Durif. « On travaillait sur la question du cabaret politique. Et là, j’ai découvert l’écriture sous leur direction. Depuis, je n’ai jamais cessé d’écrire. » 

Parmi ses spectacles les plus connus, on compte son tout premier, Monoï. « Spectacle qui m’a valu une invitation à la garden-party à l’Élysée en 2003, l’année où tous les intermittents étaient en grève. J’en avais profité pour interpeller le ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon. Monoï est un texte fondateur pour moi. » Puis on compte également M.A.M.A.E. (Meurtre Artistique Munitions Action Explosion), spectacle qui continue de tourner depuis 16 ans, Les pendus avec la compagnie Kumulus, Women 68, Putain de route de campagne, etc. Nadège écrit autant pour le théâtre que pour la rue ou la musique. « J’écrivais auparavant plutôt du côté rock, mais là, j’écris plus pour le lyrique. Je suis très sollicitée par des chanteurs lyriques en ce moment. » 

Les travaux en cours.

Après avoir été artiste associée au Théâtre d’Aurillac de 2008 à 2014, elle l’est aujourd’hui au Centre Dramatique de Montluçon depuis 2016, plus communément appelé le Théâtre des Îlets. Elle travaille également sur le projet de fabrique artistique pour la communauté de commune de Cère et Goul en Carladès dans le Cantal. Un tiers-lieu partagé entre une école de musique et de danse et une salle de spectacle, de création et de résidence autour des “nouvelles écritures pour la scène”. Le lieu pas encore baptisé devrait ouvrir en janvier 2021. Elle est également artiste associée au Théâtre de la Cité à Marseille pour la saison 2020 – 2021.

« Je suis sur deux grosses créations dont Fado dans les veines, texte pour lequel j’ai remporté le prix de la fédération des Associations du Théâtre Populaire et le prix de littérature dramatique décerné par Artcena, le Centre National des Arts du Cirque, de la Rue et du Théâtre. » Après un peu de retard faute à la crise sanitaire, le travail de création de Fado débute en juillet avec un collectif de six musiciens et chanteurs, trois filles trois garçons. « J’avais déjà travaillé avec eux pour le spectacle No Border. Ils font un travail de création remarquable. Là, je vais aller du côté du fado, pour une sorte de concert théâtre onirique avec un système d’ombres et de portées pour mettre en place les voies de l’exil puisque je parle beaucoup de migration sociale et des enjeux politiques du Portugal aujourd’hui. » La première de Fado dans les veines est programmée le lundi 7 décembre 2020 au Théâtre des Îlets avant de partir en tournée.

L’autrice a également profité du confinement pour écrire Feu ! Ceci n’est pas une pipe ni une introduction à la lecture de Karl Marx, lettre à mon amoureux, solo au piano de Nadège Prugnard. Pourquoi faire court ? Ce texte répond à une question posée à l’artiste par le Théâtre des Îlets : “Quelle sorcière contemporaine es-tu ?”. « J’ai tout de suite voulu interroger la question de la lutte armée. Un texte qui a été difficile à écrire et qui sera une performance pour la rue. Là, une fois n’est pas coutume, il y aura une scénographie signée par la compagnie Generik Vapeur avec un système de piano en feu, un truc complètement barge. »

L’acteur tout puissant

L’expression théâtrale de la Clermontoise ne peut laisser insensible. Elle peut perturber, déranger, éveiller, sublimer, transcender. Elle est toujours portée par un esthétisme cru et une infinie poésie pour des œuvres toujours engagées et militantes. « Je fais un théâtre du choc et de la secousse en veillant à un devoir de beauté. J’aime secouer quelque chose chez l’autre, élargir un champ de conscience, provoquer un trouble, une tendresse, une rêverie. Pour moi, être artiste, c’est questionner sa participation politique au monde. On ne peut pas faire comme si la réalité n’existait pas et donc, l’artiste doit s’employer à traduire le réel par l’écriture poétique. L’écriture est aussi reliée à l’âge et à l’énergie. J’ai énormément évolué depuis mes débuts. Au départ, j’écrivais des textes extrêmement rythmiques, très choc. J’étais dans des formes esthétiques très anarchistes avec des prises de parole dans l’espace public, je m’adressais autant à des publics convoqués qu’à des publics non convoqués, je ne m’embarrassais jamais de scénographie, c’est encore le cas aujourd’hui, je n’aime pas la scénographie, Feu ! étant un peu une exception, j’aime l’acteur tout puissant. Ce qui me permet de jouer où je veux, en bar, dans la rue ou n’importe où. De cette écriture très rock’n’roll des débuts, telle la pièce Kamédür(x) notamment que j’avais montée avec Éric Lareine, un truc extrêmement furieux ou encore La Jeannine, enterrement slam-rock, ma première pièce pour le festival d’Aurillac, aujourd’hui, je chemine de plus en plus vers le poème où je trouve plus de ressources. Par la douceur, je peux aussi exprimer une énorme violence et une critique tout aussi radicale. » L’âge aidant, Nadège Prugnard adoucit la forme, pas le fond. Elle reste toujours aussi explosive. Il faut accourir à ses spectacles pour découvrir un univers onirique flirtant toujours avec les limites qu’elle s’emploie à repousser. Une expérience à vivre.

http://www.magma-theatre.com

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