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Marilyne, l’architecte urbaniste qui voulait devenir éleveuse de chèvres Angora

Delphine Zamai

Delphine Zamai

delphine.z@scarlettemagazine.com

Il est des changements de vie radicaux et exemplaires qui donnent à réfléchir sur son propre parcours. SCARLETTE a rencontré Marilyne, 42 ans, Clermontoise d’origine, aujourd’hui éleveuse de chèvres Angora à Mareuge, petite hameau isolé dans le Parc Naturel des Volcans d’Auvergne.

Une enfance citadine en centre-ville de Clermont- Ferrand, de brillantes études d’architecture doublées d’un diplôme en urbanisme, puis employée pendant sept années dans un cabinet d’architectes,  Maryline perçoit il y a dix ans l’intuition de ne pas être à sa place, comme une petite voix raisonnant depuis l’enfance qu’elle a envie d’écouter, enfin. Des réminiscences de vacances à la montagne chez son arrière-grand-mère, paysanne à Mareuge, elle confie : « Deux mois d’été là-bas, c’était le rêve… Il y avait les vaches, la Nature, les grands espaces, un terrain de jeu incroyable ». La petite Marilyne réclamait souvent d’y retourner, au grand dam de sa mère qui détestait la campagne. A cette époque déjà,  elle rêvait  de vivre dans une ferme. Mais le conditionnement familial, le formatage de notre société inculquant de se conformer à une trajectoire classique « Etudes/Diplôme/Salaire »   l’emmènent loin,  bien loin de ses aspirations enfantines.  Après sept années dans l’urbanisme,  un licenciement salutaire lui permet de prendre conscience qu’elle ne veut plus de cette vie : « C’était pour moi un signe, un coup de boost pour faire le pas » assure-t-elle. Marilyn se donne alors deux mois de réflexion  pour  se recentrer sur ce qu’elle veut, réellement:

1. Vivre au plus près de la Nature.

2. Etre au contact des animaux sans les esclavagiser.  

3. Remettre la création au centre de sa vie.

4. Devenir indépendante et en vivre dignement

Marilyn
@Crédits photos Delphine Zamai

Ses recherches la poussent à découvrir la filière Laine : « Et là, ça a fait Tilt !  s’enthousiasme-t-elle. J’ai toujours été sensible aux belles laines. Mes deux grands-mères étaient d’ailleurs des tricoteuses acharnées et j’ai des souvenirs heureux de soirées au coin du feu, assise à leur pieds,  à peloter la laine, rembobiner les pelotes échappées,  choisir les associations de couleurs…  J’ai toujours commandé des pulls à mes grands-mères et quand elles ont disparu, je me suis mise à tricoter. »

Le projet se dessine spontanément, comme une évidence : élever des chèvres Angora, dont la laine est infiniment soyeuse, chaude et légère, pour créer des pièces uniques et les commercialiser.

L’idée posée, tout s’accélère dans une fluidité incroyable. Elle s’inscrit à une formation agricole « élevage caprin » à Marmilhat, déménage à Mareuge, chez son arrière-grand-mère dont elle a hérité la maison, et achète une dizaine de biquettes sans même savoir encore où elle va les loger !  C’est dans ce genre de situation que l’on mesure à quel point avoir trouvé sa voie génère une fluidité dans le développement de ses projets : « Il me fallait une grange pour abriter mes chèvres en hiver ainsi que quelques hectares de prairies pour les faire manger, déclare-t-elle. Juste après avoir acheté mes chèvres, j’apprends qu’Alice, une vieille dame qui se trouve être ma voisine, vend justement sa grange et son étable. La connaissant depuis toujours puisque j’allais traire ses vaches quand j’étais petite,  Alice a été enchantée et rassurée de me vendre son patrimoine.  Tout s’enchainait à merveille, « Au fil de la Monne » était nait. Restaient les prés à trouver, pour faire paitre mes biquettes. Dans le pays, ça s’est su que je recherchais de la terre. Des agriculteurs m’ont vendu des prés difficilement exploitables pour les vaches car ils étaient marécageux. C’était affolant continue-t-elle. Je me retrouvais en pleine Nature avec dix chèvres et deux enfants en bas âge. J’avais peur d’embarquer ma famille dans une aventure que je ne maitrisais pas mais mon mari m’a fait confiance, m’a soutenu le temps que le projet soit rentable et j’ai plongé à cœur perdu dans ma nouvelle activité ».

@crédit photo Delphine Zamai
Le biquettes d’Au fil de la Monne

Première étape : la reproduction du troupeau !

Pour collecter suffisamment de laine nécessaire à la confection de ses pulls, écharpes, gants, bonnets, chaussettes, étoles et couvertures, Marilyne sélectionne ses boucs, en prenant garde chaque année d’éviter les croisements consanguins. Pour ce faire, elle n’en laisse qu’un seul dans l’enclos des chèvres. Il a du travail le bougre ! Les autres mâles passent leur tour jusqu’à l’année suivante. C’est ainsi que naissent Limonade, Ricoré, Radieuse, Rhubarbe ou Gentiane et bien d’autres, baptisées par les enfants de Marilyn. « Orangina c’est la mascotte du troupeau, confie-t-elle.  A sa naissance, sa mère ne s’en occupait pas,  je lui ai donné le biberon. Puis, à l’âge d’un mois, elle s’est cassée une patte et le vétérinaire a dû la plâtrer. Les chèvres ont une santé fragile, il faut vraiment être au petit soin ! ».

En dix ans, le troupeau passe de dix à quarante caprins.

@crédit photo Delphine Zamai
Chevreaux Angora

Collecte de la laine, tissage et confection

Pour récupérer la laine Mohair, Marilyne se fait aider chaque année par Laura, une experte en tonte. Puis, un gros travail de triage de toutes les toisons est nécessaire pour nettoyer manuellement les impuretés, avant de classifier le mohair selon différentes qualités, du plus fin au plus épais. La laine est ensuite acheminée en filature  puis teinte dans les couleurs choisie par la chevrière. Elle récupère ces précieuses pelotes cinq mois après la récolte et se met à tricoter d’arrache-pied. Une semaine est nécessaire pour la confection d’un pull mohair. De tonte en tonte, de transformation en tricotage, Maryline ouvre sa boutique deux ans après le début de son projet. Son troupeau Angora lui permet aujourd’hui de transformer 150 kilos de Mohair par an et de vivre correctement de ses créations.

@crédit photo Delphine Zamai
Lainage Mohair

Une journée-type de chevrière 

La nouvelle vie de Marilyne lui va comme un gant. Douce, pausée, engagée et pétillante,  elle raconte : « mon travail commence à 8h30. Les chèvres dorment aux prés en été.  Je vais les voir le matin, je répare les clôtures, vérifie que tout ce petit monde va bien, puis je pars me balader avec mes boucs. Avec la sècheresse, l’herbe ne pousse pas assez, alors je les emmène crapahuter pour qu’ils aient leur ration. Ils m’attendent de pied ferme le matin, je n’ai pas besoin de les forcer, ils me suivent et ils mangent ce qu’ils veulent pendant deux heures. Pendant qu’ils broutent, j’en profite pour faire un peu de yoga dans l’herbe et un peu de gainage » avoue-t-elle en éclatant de rire.  L’après-midi,  elle tient sa boutique, tricote, s’occupe de la communication, puis en fin de journée, elle soigne ses bêtes et va parfois re-promener les boucs. Certains matins, elle tient des stands sur différents marchés de la région. Par contre, continue-t-elle, je n’ai quasiment jamais de vacances. Ce n’est pas une vie classique, c’est un mode de vie, il faut l’accepter et remettre en cause le stéréotype classique de la vie  salariée, il s’agit d’y adhérer. Je nous accorde la dernière semaine de juillet pendant laquelle nous partons à la mer.  Ce sont mes seules vacances. Des copines assurent l’accueil de la boutique et des gens de confiance viennent s’occuper de mes chèvres. C’est une sacrée organisation pour se donner quelques jours de bon temps ! Et sinon, et bien parfois, je suis en vacances, de 17 à 18 h ! Ou bien, lorsqu’il y a peu de clients l’après- midi, j’en profite pour aller faire mon potager. Mon mari m’a offert une serre pour mon anniversaire et j’en suis ravie car c’est une satisfaction d’avoir son autonomie en haricots verts ironise-t-elle avec un clin d’œil.  En tout cas conclut-elle, il faut s’écouter et je ne le regrette pas ! « 

@crédit photo Delphine Zamai
La boutique Mohair
edf

Tes balades favorites en Auvergne ?

J’aime monter au petit Montenard ou au Puy de Baladou, non loin de chez moi. Il y a une magnifique vue sur le plateau et le massif du Sancy. Je les redescends en courant ! La Monne offre également des coins fabuleux pour pique-niquer. Et bien sûr, le lac de Servière ou le massif du Sancy.

 Des producteurs locaux à nous conseiller ?

Je fais l’essentiel de mes courses à BIOMASSIF, à Besse Sainte-Anastaise. C’est un point de vente collectif regroupant uniquement des producteurs bio et locaux. On y trouve du pain, de la farine des huiles, des fruits et légumes, viandes, produits laitiers, miel, confitures…

BIOMASSIF : Route des lacs, 63610 BESSE

J’achète parfois aussi mes fruits et légumes au Pré du Puy, à Cébazat. C’est un couple de maraichers bio.

Le Pré du Puy , 80Bis, Route de Gerzat 63118 Cébazat

https://www.lepredupuy.com

Pour la viande, le bœuf et les poulets, les produits de Jean-Michel Cellier, éleveur et cultivateur à Chadrat sont incomparables. Encore un agriculteur en bio !

ARL de la Pereire Chadrat, 63450 ST SATURNIN

04 73 39 45 38 / 06 85 53 42 28

https://denosfermes63.puy-de-dome.fr/tout-lannuaire/producteur/earl-de-la-pereire

Des conseils produits de beauté locaux pour les lectrices de SCARLETTE ?

 J’achète mes produits chez Frederica à FONTSALIVE: elle propose des savons artisanaux aux agrumes, au cèdre, des shampoings solides aux orties ou au miel, des baumes à lèvres et de la crème hydratante à la camomille. Ses cosmétiques sont naturels et élaborés avec des ingrédients bios de qualité. Je suis absolument fan de ses shampoings solides. J’essaye au maximum de limiter les emballages et le plastique. Je me suis d’ailleurs mise à confectionner ma lessive !

L’Atelier de Fontsalive Frédérika MILLIROUX 63210 VERNINES

Où trouver les créations de Maryline ?

Au fil de la Monne  63710 Le Vernet-Sainte-Marguerite

04 73 88 68 08

https://www.aufildelamonne.fr

Ouverture les après-midi les lundis, mardis, jeudis et les week-ends.

Mais aussi :

-Marché Saint-Joseph de Clermont-Ferrand une semaine sur deux.

-AMAP de Veyre-Monton, Saint Genès Champanelle et Saint-Amant Tallende.

-Marché de Noel de Cournon d’Auvergne

@crédit photo Delphine Zamai
Pulls Mohair
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