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Estelle Jacques, pianiste en toute liberté

Patrick Foulhoux

Patrick Foulhoux

patrick.f@scarlettemagazine.com

Affranchie de toute contrainte artistique, la pianiste Estelle Jacques a mis en forme un superbe album de “musique cinématographique” au nom évocateur, LiberPiano.

Estelle Jacques commence ses études à l’École de musique d’Aubusson où elle apprend le piano. « J’avais une prof formidable qui m’a révélé en me transmettant l’amour de la musique. » À Aubusson, elle décroche le Diplôme d’Études Musicales. Afin de poursuivre son cursus, elle passe le concours d’entrée au Conservatoire de Lyon. « J’y ai seulement fait quelques mois avant de m’inscrire au Conservatoire de Clermont à l’âge de 20 ans. J’ai découvert la vielle à roue à ce moment-là. J’ai rencontré Dominique Borel qui était prof de cabrette et de vielle à roue et j’ai rencontré des musiciens comme Yoan Maury, un des membres fondateurs du groupe Sabayo. On a monté un trio baptisé La petite caravane avec Yoan à l’accordéon, Arnaud Plaveret aux percussions et moi à la vielle à roue. Sabayo recherchait un contrebassiste. J’avais fait un peu de contrebasse plus jeune, je m’y suis remise pour rejoindre le groupe. » Estelle est principalement pianiste, mais elle maitrise également la contrebasse, la vielle à roue, le nyckelharpa (instrument traditionnel suédois, croisement entre violon et vielle à roue) et d’autres encore. Curieuse et gourmande de musiques, Estelle Jacques est sensible à toutes formes d’expression, le jazz, les musiques du monde, le rock, Janis Joplin, Jimi Hendrix, etc. Et tout ça conduit inexorablement à LiberPiano.

Musique cinématographique

« J’avais un peu délaissé le piano. Je travaillais avec Mylène Carreau qui propose des lectures musicales. On a créé la Compagnie les Dam’Oiselles toutes les deux, à Champeix (63). Ce qui m’a permis de composer pour d’autres instruments. J’utilisais des pédales de boucle qui m’ont beaucoup apporté pour arranger et structurer. C’était super, mais au bout d’un moment, j’ai été un peu frustrée par la contrainte technique. Ça nécessite une alimentation électrique et c’est beaucoup de matériel à installer, c’est long, on tourne en rond. C’est le principe de la boucle en même temps (rires). J’en ai eu un peu marre. J’ai eu envie de composer pour un instrument et surtout, que ce soit simple. C’était au fond de moi, il fallait que ça sorte. » Au départ, la pianiste compose sans objectif particulier si ce n’est faire de la scène. « Tout doucement, ça se construisait. Je commençais à cumuler pas mal de matériel. J’ai mis un an pour élaborer les douze titres de l’album. » Malgré la direction artistique clairement définie, jamais la compositrice ne s’est imposée de contrainte dans le processus créatif de LiberPiano. « Je n’avais pas d’arrière-pensée en composant. En le faisant écouter autour de moi et en le réécoutant moi-même, je me suis aperçue que c’est une musique très cinématographique. J’aime bien la musique évocatrice qui rappelle des images, des souvenirs ou des sensations. »

Parmi les compositeurs qui l’ont beaucoup marquée, Estelle Jacques cite volontiers Charlie Chaplin, Astor Piazzolla, Isaac Albéniz, Maurice Ravel, Chilly Gonzales, Avishai Cohen ou Erik Satie. « Il y a dans mon univers musical des couleurs impressionnistes. J’aime beaucoup Ravel notamment pour ça, c’est rythmique, coloré, ça fait voyager. » Pour donner les titres aux morceaux, Estelle a usé d’un procédé original. « J’avais quelques idées de titres, mais très peu. Quand j’ai donné mon premier concert en juillet 2019, j’ai distribué une feuille et un stylo aux spectateurs et je leur ai proposé d’écrire ce qui leur passait par la tête. J’ai récupéré tous les papiers. C’était très intéressant. J’ai choisi ceux qui me parlaient le plus, ceux qui me correspondaient le plus. » “L’épopée de Don Quichotte” par exemple a une teinte espagnole « avec un côté tonitruant. J’imaginais un personnage un peu fou avec une idée bien arrêtée. » “L’Auvergnate à New York” évoque le cinéma des années 50, « je voyais un film en noir et blanc, une fille de la campagne qui arrive dans une ville gigantesque. » “La chevauchée infernale” renvoie à l’enfance de la compositrice. « Plus jeune, j’ai fait partie d’une troupe équestre en Creuse. On faisait de la voltige et on faisait des courses dans l’eau à cheval. Ça me rappelle ça. » “Belle d’un jour” évoque la nostalgie, le temps qui passe, « la beauté qui flétrit. » Estelle a grandi dans un moulin entouré d’eau, d’où “La petite fille et l’eau”. « Enfant, j’avais tout le temps les pieds dans l’eau. » Pour “Vulcain et Aphrodite”, elle a imaginé « une histoire d’amour improbable entre un dieu romain et une déesse grecque. »

Se libérer au piano

LiberPiano sonne comme une bande-son de film. S’il n’a pas été composé comme tel, il en a pourtant l’aspect, les couleurs, les senteurs, les ambiances, les atmosphères. Le titre de LiberPiano vient du parcours personnel d’Estelle Jacques : « J’ai un peu souffert de mes études au Conservatoire. J’ai du mal à entrer dans les cases. Le Conservatoire m’a beaucoup apporté, j’ai eu de super profs, mais je ne m’y retrouvais pas trop. J’étais très traqueuse. Je foirais tous mes examens. LiberPiano est ma manière de m’affranchir du cadre, de faire ce que j’aime et d’y arriver. C’est aussi une façon de me prouver à moi-même que je peux dépasser des difficultés personnelles. Je me libère avec le piano. »

Le Site : Estelle Jacques

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1 Commentaire
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Francois
6 mois il y a

Moment musical sublime ou l’on sent une personnalité s’exprimer .
On voyage on contemple on écoute on chevauche ces tableaux et c’est bon.
Merci Estelle.

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