Skip to content

Isabelle Cazals, une présidente engagée

Bénédicte Rollet

Bénédicte Rollet

benedicte.r@scarlettemagazine.com

Scarlette Magazine vous emmène aujourd’hui à la rencontre d’Isabelle Cazals, première présidente de la Ligue Auvergnate et du Massif Central basée à Paris. Une chef d’entreprise accomplie et une amoureuse de la terre de ses ancêtres, des « bougnats » venus comme beaucoup, chercher du travail à Paris. Depuis 1886, La Ligue fédère les auvergnats de Paris et réunit 130 associations. Malgré la crise sanitaire, elle et son équipe de bénévoles sont sur tous les fronts, afin de continuer à transmettre cette culture, qui lie passionnément tous ceux qui ont un peu, ou beaucoup, de Massif Central qui coule dans leurs veines.

Isabelle Cazals est la première présidente de l'histoire de la Ligue.

La Ligue, Isabelle Cazals, y est tombée dedans toute petite, ou plutôt elle s’y est plongée avec plaisir depuis ses premiers pas, portée par sa famille d’aveyronnais, « montée » un jour à Paris. « Nous avons le profil types des auvergnats de Paris. Il n’y avait pas assez de travail à la ferme pour les nombreux enfants de la famille, alors mes parents sont partis. A Paris, mon père a été garçon de café chez ses frères ainés, puis il a géré un café pour enfin acheter le sien. Les auvergnats de Paris, pour beaucoup, étaient des hommes et femmes sans grandes études dans leurs bagages, mais qui à force de travail se sont forgés de belles carrières. Avec mon frère nous sommes la 2ème génération, élevée dans la brasserie familiale, en retournant aux vacances en Aveyron et maintenant notre maison de Laguiole, devenue notre point d’ancrage », confie Isabelle Cazals.

Les payasages d'Aubrac qu'elle aime tant

Une ligue pour ne rien oublier...

Très naturellement au XIXe siècle, cette importante communauté du Massif Central aime à se retrouver après de longues journées de travail. On parle patois autour d’un bon plat du pays, on lit le journal l’Auvergnat de Paris et on enchaîne les pas de bourrée. Des moments de convivialité pour atténuer le mal du pays… De nombreuses associations de passions communes, cercles littéraires, amicales, associations sportives, groupes folkloriques ou syndicats professionnels sont ainsi créés dans toute la région parisienne. Le journaliste cantalien Louis Bonnet, souhaite les structurer et les unir, et fonde en 1886, la Ligue Auvergnate et du Massif Central, pour défendre et protéger les intérêts de ces expatriés. « Quand on est éloigné de sa terre d’origine, les frontières départementales sont moins marquées. Aujourd’hui encore, tous s’affirment comme des auvergnats de cœur même s’ils n’y sont pas nés. D’ailleurs, et c’est sans doute tout un symbole, beaucoup d’entre-nous se sont réfugiés sur les terres familiales pendant cette crise », remarque Isabelle Cazals.  Si elle a beaucoup évolué, La Ligue est toujours restée un lieu de rencontres, d’échanges et de fête, qui ancre ses solides racines dans la mémoire, l’amour et le partage de ceux qui ont le Massif Central en héritage et dans le cœur.

En 2018, Isabelle Cazals, est la première femme nommée à la présidence de cette grande famille, qui est un peu la sienne. « Mes parents m’ont inscrite, dès mon plus jeune âge, dans un groupe folklorique. J’ai depuis, toujours gravité de près ou de loin au sein d’un groupe folklorique, dans diverses associations et donc au sein de la Ligue, notamment dans le groupe de la Bourrée de Paris, ou bien en devenant présidente du groupe d’enfants Pastres et Pastretos. J’ai par ailleurs eu la joie de devenir Pastourelle de la Ligue à tout juste 16 ans. Cette belle tradition datant de 1925 demeure toujours d’actualité. Ces  jeunes filles en costumes traditionnels, montrent par leur engagement leur attachement indélébile à leur territoire, partagent avec tous leurs connaissances régionales et s’engagent désormais pour des causes caritatives ou d’intérêt général qui leur tiennent à cœur. Toute cette année 1985 fut pour moi riche de représentations, de visites et de participations à des événements. Une très belle expérience. Aujourd’hui mes 3 enfants sont musiciens adeptes de folklore, et ma fille a elle aussi été élue Pastourelle 30 années après moi tout juste. Un beau clin d’œil ! C’est dans cet univers de danses et traditions que j’ai rencontré mon mari, lui aussi fils d’aveyronnais et nous sommes heureux de cette transmission à nos enfants »

Une institution moderne et dynamique

Epaulée par une équipe mobilisée de 12 bénévoles comme elle, Isabelle Cazals œuvre en effet pour faire grandir La Ligue dans un juste équilibre, entre transmission des traditions et du patrimoine immatériel de nos régions et esprit de modernité pour répondre aux demandes des plus jeunes. Alors, cette organisation qui fédère plus de 130 associations ou fédérations, multiplie les événements propres et soutient ceux des amicales, groupes de danse et musicaux, associations culturelles ou sportives, grâce au sponsoring et engagement de ses membres.

Chaque année La Ligue décerne par exemple son Prix Littéraire Arverne, qui a récompensé en 2020 l’écrivaine clermontoise Cécile Coulon. Aujourd’hui plus que jamais, des actions solidaires sont aussi organisées, comme des distributions d’aligot pour les soignants en pleine pandémie. En 2018 et 2019, la Nuit Arverne à elle seule, réunit jusqu’à 700 personnes au Pavillon Baltard. Une soirée 100% auvergnate, avec uniquement des produits, exposants et dégustations issus de nos régions et une immense piste de danse où se sont enchaînées les montagnardes géantes. Un dynamisme qui s’affiche aussi sur les réseaux sociaux, échos de la défense et mise en valeur du savoir-faire de cette grande région.  « Actuellement, on a tous envie de revenir à l’essentiel, manger des produits sains dont on connait la provenance et faire rayonner la culture de nos régions. Cela se fait avec passion et je suis heureuse de voir dans nos rassemblements, l’engouement des plus jeunes. Plus j’avance en âge et plus je crois en la transmission à ceux qui nous succèdent. Maintenant, comme tous j’imagine, nous avons juste hâte de nous retrouver très vite », explique cette présidente engagée, également chef d’entreprise depuis plus de 10 ans.

Une chef d'entreprise accomplie

Alors qu’elle s’imagine reprendre, un jour, la brasserie familiale, Isabelle teste, étudiante sa fibre entrepreneuriale, en reprenant une crêperie avec son frère. Poussée notamment par une maman qui lui dit que tout est possible, elle poursuit ses études scientifiques et entre à l’EFREI, une école d’ingénieur généraliste en numérique. S’en suit une carrière qu’elle nomme de « classique » évoluant d’un poste d’analyste-développeur, chef de projet à celui de responsable de groupes de projet dans des grands groupes. Dans les années 2000, elle concentre son énergie et expertise en tant que directrice des opérations, dans le développement d’une start-up pionnière en système collaboratif. Elle est aussi consultante pour aider les entreprises à automatiser leurs process, puis responsable école-entreprises, au sein de son ancienne école l’EFREI. Des aventures humaines et professionnelles enrichissantes, qui lui font gagner une précieuse expérience pour son prochain grand défi. 

« Mon mari Guy Cazals a monté une société de transports en 1995 avec un associé, partant en retraite en 2010. Une accréditation de commissionnaire de transport était indispensable pour cette reprise, et je pouvais l’obtenir, grâce à mon diplôme d’ingénieur, par un stage d’un mois. Nous avons donc repris à deux la société TRANSVINS Distribution, dont je suis la directrice générale ».  Depuis, la société s’est structurée en groupe, et les 80 collaborateurs sur 6 sites en France assurent 3 activités complémentaires : l’enlèvement de la production des viticulteurs au cœur de leurs domaines, le stockage en tant qu’entrepositaire agréé par les douanes et la distribution des vins, champagnes, alcools et spiritueux en de la région parisienne.

Encourager les femmes à devenir ce qu’elles veulent

Présidente de cette grande confédération des auvergnats de Paris et femme dirigeante dans un univers assez masculin, Isabelle Cazals n’a jamais eu à souffrir d’être une femme durant ce parcours. « J’ai plus de mercis à dire que de reproches à faire, grâce à des rencontres formidables avec des hommes et femmes protecteurs et bienveillants » insiste-t-elle.

Actrice au sein de clubs d’investissements de jeunes entreprises et soutien aux élèves durant leurs stages de fin d’études d’ingénieurs, elle s’engage néanmoins avec force, pour encourager les femmes à suivre leur voie. « Il faut encore sensibiliser les filles et femmes, au fait que OUI elles peuvent organiser… OUI elles peuvent suivre des carrières dites masculines. Il y a 30 ans, 10% des étudiants en école d’ingénieur était des femmes et ça n’a pas beaucoup évolué depuis. Pourtant, beaucoup de jeunes femmes font des études scientifiques au lycée. Où passent-elles après la terminale ? Bien trop souvent elles s’auto-censurent, se dévalorisent et se disent que ces écoles ne sont pas pour elles. C’est tellement dommage. Je ne pense pas qu’il faille arriver à des quotas qui dénaturent la qualité de celles qui accèdent à des postes clé. Je pense que la mixité, basée sur les capacités, compétences et même les faiblesses de chacun et chacune demeure la vraie solution ». Le discours avisé d’une femme, qui a fait de la transmission aux jeunes générations sont parcours de vie.

Ligue Auvergnate et du Massif Central

Espace commentaire

0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments
Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur whatsapp
WhatsApp
Partager sur pinterest
Pinterest
Les derniers articles publiés