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Aaron Frazer, la nouvelle grande voix de la soul

Patrick Foulhoux

Patrick Foulhoux

patrick.f@scarlettemagazine.com

L’artisan du groupe Durand Jones & The Indications s’autorise une escapade en nom propre pour un premier album majestueux avec l’aide précieuse de Dan Auerbach des Black Keys qui transforme en or tout ce qu’il touche depuis une dizaine d’années. Pas de raison que ça change avec cet Aaron Frazer à la voix androgyne.

Réputé batteur des génialissimes Durand Jones & The Indications, Aaron Frazer est aussi un des deux chanteurs à part égale avec Durand Jones himself depuis l’album American Love Call (2019). Il a également coproduit les disques du groupe avec son camarade Blake Rhein guitariste des mêmes Indications. Chez Durand Jones, hormis Durand Jones lui-même qui taquine un peu le piano en plus du micro, tous les musiciens sont multi instrumentistes. Frazer fait à peu près tout dans le groupe, sauf tourneur, sinon, il serait tourneur Frazer (celle-là, je vous l’offre, c’est cadeau pour la Saint-Valentin). Aussi impliqué, forcément, à un moment, on imagine bien qu’il va la jouer perso. D’autant que chez les Indications, c’est plutôt Durand Jones qui est mis en avant. Lui, en tant que batteur, prend forcément moins la lumière, alors que finalement, c’est le principal artisan du succès du groupe. Ce premier album “solo” (pas tant que ça vu le nombre de musiciens participant à la fête) est une vraie fontaine de jouvence mêlant avec un savant dosage, soul vintage et soul plus contemporaine, néo-soul comme on dit de nos jours. Le musicien natif de Baltimore est le chainon manquant entre Curtis Mayfield et Jamiroquai avec sa voix haut perchée de contre-ténor et ses orchestrations chères à la Motown et à la soul sirupeuse de Philadelphie. Puisque l’album s’intitule Introducing…, considérez que les présentations sont faites.

Autant de talent, c’est limite désobligeant pour la concurrence

Enregistré à Memphis (on ne mégotte pas avec les symboles chez les Frazer), ce splendide premier album dévoile un surprenant chanteur qui, et on l’avait déjà noté chez Durand Jones & The Indications, laisse parfois l’auditeur dubitatif à l’écoute de son organe d’opéra. Curtis Mayfield et Jamiroquai sont des ténors, limite contre-ténors parfois, mais on entend bien distinctement leur tessiture masculine. C’est plus difficilement discernable chez Frazer. Pas qu’on confonde avec une soprano, Aaron Frazer se situe entre soprano et contre-ténor. Mais, par définition, il est contre-ténor. Heureusement qu’il ne s’amuse pas à filtrer sa voix avec des vulgaires machines de type vocodeur, parce qu’alors là, il passerait pour un enfant de chœur dans un manga. Musicalement, il réussit l’exploit d’allier subtilement une soul néo-classique à des sonorités respectueuses des règles énoncées par les parrains de la discipline (Curtis Mayfield, Al Green et tutti quanti). Aaron Frazer se distingue du bataillon de la néo-soul non pas par sa voix, ses orchestrations ou sa production parfaitement calibrées par Dan Auerbach qui décidément est devenu maître du genre, mais plutôt par son aptitude à ne pas être marqué au fer rouge par telle ou telle période de la soul music tout en assemblant 50 ans d’un style indémodable avec une facilité déconcertante. Autant de talent, c’est limite désobligeant pour la concurrence. Encore un grand nom qui entre dans la danse. Laissez-vous aller, la piste est à vous.

Site : Aaron Frazer

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