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Marjorie Whitfield femme et scientifique émérite

Bénédicte Rollet

Bénédicte Rollet

benedicte.r@scarlettemagazine.com

Il y a quelques jours, la Fondation L’Oréal et l’UNESCO ont récompensé 35 jeunes et brillantes chercheuses, « toutes remarquables par l’excellence de leur parcours, et qui représentent chacune un espoir pour notre avenir commun ». Marjorie Whitfield a reçu l’un de ces Prix Jeunes Talents Pour les Femmes et la Science France 2021. Une reconnaissance et la valorisation d’années de travail pour cette post-doctorante d’origine cantalienne, qui cherche à définir les causes génétiques d’infertilité chez les hommes pour mieux les traiter. Parcours d’une femme et scientifique engagée !

Originaire de Lascelle dans le Cantal, Marjorie Whitfield est post-doctorante (engagé en CDD dans un laboratoire de recherche) à l’Institut pour l’Avancée des Biosciences (IAB) – Université Grenoble Alpes. Le début d’une belle carrière pour cette scientifique, fascinée depuis son plus jeune par la complexité du monde vivant et la possibilité de guérir des maladies. « J’ai eu la chance d’être entourée de 4 sœurs et d’une maman, professeur des écoles, qui a toujours su gérer sa carrière et sa famille sans problème. Aucune de mes sœurs ou moi n’avons été bridées dans nos choix de carrière, au contraire nous avons été poussées, accompagnées et encouragées à faire ce qui nous faisait rêver. Après ma licence et mon doctorat, réalisés à l’université de Clermont-Ferrand, je me suis spécialisée dans la biologie de la reproduction grâce à une autre figure féminine de référence : ma directrice de recherche Aminata Touré. Même si elle a dû livrer des batailles pour en arriver là où elle est, elle est restée humaine et bienveillante, en plus d’être brillante dans son domaine de l’infertilité masculine. C’est vraiment un modèle à suivre » se souvient avec force Marjorie Whitfield. Si elle valorise autant les femmes qui l’ont aidée à tout oser, c’est parce qu’elle sait bien qu’aujourd’hui encore les femmes sont sous-représentées dans plein de domaines d’activité et notamment dans le domaine scientifique, qu’on a longtemps voué aux seuls hommes.

Dépasser le plafond de verre

 

D’après des études récentes les femmes sont en effet encore trop peu présentes dans la recherche scientifique : elles représentent aujourd’hui seulement 33 % des chercheurs dans le monde, et 28 % en France.[1] En Europe, 86 %[2] des hautes fonctions académiques en sciences sont exercées par des hommes et moins de 4 % des prix Nobel de science ont été décernés à des femmes. « Dès l’enfance, nos représentations sont conditionnées et donc biaisées : les infirmières sont forcément des femmes et les chercheurs à coup sûr des hommes. Dans mon domaine il y a beaucoup de femmes scientifiques mais, sur des postes supérieurs de direction ou recherche le taux s’effondre, alors que beaucoup de femmes sont très compétentes. Il faut donc en effet faire parler des femmes scientifiques, nous nous devons d’être visibles pour montrer que c’est possible et inspirer à notre tour des vocations », martèle avec conviction Marjorie.

[1] Source UNESCO, 2017 : http://uis.unesco.org/en/country/fr?theme=science-technology-and-innovation

[2] She Figures, 2018.

Une scientifique inspirante ©Jean-Charles Caslot – Fondation L’Oréal

Soutenir et valoriser les femmes scientifiques

 

Pour faire émerger une nouvelle génération de chercheuses d’excellence, la Fondation L’Oréal, aux côtés de l’UNESCO, remet donc chaque année, dans plus de 110 pays, près de 250 dotations, qui visent à apporter un soutien spécifique aux doctorantes et post-doctorantes, à un moment clé de leur carrière. Un engagement, pour rendre ces professionnelles plus visibles, les accompagner et les valoriser au sein de la recherche. Récompensée parmi 700 candidatures, Marjorie Whitfield va bénéficier, comme les 34 autres prometteuses lauréates, d’une dotation personnelle (15 000 € pour les doctorantes, 20 000 € pour les post-doctorantes), pour l’aider à poursuivre ses travaux de recherche. Elles ont de plus toutes bénéficié d’une formation au leadership (management, négociation, prise de parole en public, etc.), visant à leur donner des moyens supplémentaires pour mieux affronter le plafond de verre qui demeure une réalité dans le monde de la recherche. « Puissent-elles, en tant que rôle modèle, permettre de mettre fin à l’auto-censure et au manque de confiance des femmes dans les carrières scientifiques. Puissent-elles contribuer à renforcer la représentation de femmes audacieuses en science », insistent les organisateurs de ce prix médiatisé.

Un parcours émérite et engagé

Marjorie a été récompensée pour ses travaux émérites sur le traitement de l’infertilité masculine. Des études commencées à l’Institut Cochin où elle a exploré les causes génétiques de ces infertilités et qu’elle poursuit aujourd’hui à l’Institut pour l’Avancée des Biosciences de Grenoble. Son travail a notamment permis l’identification de plusieurs gènes dont les mutations sont responsables d’infertilités. « On en sait très peu sur la fertilité des hommes et des femmes. Mais aujourd’hui même si on donne un diagnostic à un homme, c’est presque toujours la femme qui assumera un traitement lourd, pour avoir un enfant. Sans recherche sur les causes de l’infertilité des hommes, on ne peut pas traiter. Il faut donc doper cette recherche fondamentale ». Actuellement, Marjorie Whitfield se focalise sur le décryptage des mécanismes moléculaires et cellulaires régulant la formation du flagelle des spermatozoïdes. Elle étudie pour cela une petite structure présente dans le flagelle et impliquée dans sa biogénèse : l’annulus. Grâce à une technique de microdissection au laser couplée à une analyse des protéines en spectrométrie de masse, ses recherches éclairent le rôle de l’annulus dans la formation du flagelle. Les recherches de Marjorie Whitfield ambitionnent d’impliquer directement les hommes dans leur fertilité, tant sur le plan du traitement que du contrôle contraceptif. « Mon rêve serait de découvrir des méthodes thérapeutiques permettant de restaurer la fertilité des hommes stériles. »

Une récompense pour aller encore plus loin ©Jean-Charles Caslot – Fondation L’Oréal

C’est pour tout cela, pour la qualité de son dossier et pour son engagement dans la vulgarisation des sciences, en ouvrant notamment son laboratoire au grand public, notamment lors de la Fête de la Science, que Marjorie Whitfield a été récompensée. Mais la jeune femme s’est aussi engagée activement dans la lutte contre la désinformation. Elle a ainsi co-créé en 2018, avec d’autres jeunes scientifiques et un collectif de citoyens éclairés et médecins, la page Facebook « Vaccin France information et discussion » : « Quand les 11 vaccins sont devenus obligatoires pour les bébés en France on a eu envie de donner des réponses claires au bombardement d’infos que recevait le grand public. Aujourd’hui évidemment avec la crise sanitaire c’est un énorme travail. Nous sommes dans une démarche de transmission pour développer aussi l’esprit critique de chacun. Il n’y a jamais de mauvaises questions, on essaye de répondre à toutes les interrogations et peurs. Beaucoup de gens ont surtout besoin de réconfort » assure cette scientifique, modèle à suivre pour beaucoup d’hommes et de femmes.

 

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