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Hubertine Auclert la flamme d’un combat à gagner

Bénédicte Rollet

Bénédicte Rollet

benedicte.r@scarlettemagazine.com

Fondé en 2017 dans l’Allier, le Collectif Hubertine Auclert a pour vocation de remettre en lumière la vie incroyable de cette journaliste, pionnière du féminisme, dans la fin du 19ème siècle. Mais au-delà de la valorisation d’une femme exceptionnelle, les bénévoles œuvrent aussi à faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes et à respecter les droits de tous les êtres humains. Un engagement fort, qui prend tout son sens, en ces temps troublés.

Hubertine Auclert, un modèle oublié

« Restreindre le droit à l’égard de la femme, c’est restreindre le droit de l’humanité, c’est amoindrir le droit de l’homme », c’est en ces mots, avec force et courage, qu’Hubertine Auclert parlait de la condition de ses semblables, dans un 19ème siècle qui méprisait leurs droits ou pire leur existence. Née dans l’Allier, à Saint-Priest-en-Murat en 1848, la petite Hubertine bénéficie pourtant de la même éducation que ses frères, au sein d’une famille aisée et républicaine. Sa mère lui offre aussi sans doute, son premier exemple de « révolte à l’autorité établie », puisqu’elle aide les filles-mères, ayant eu des enfants hors mariage, à trouver du travail, quand toute la société les rejette. Après la mort de ses parents, elle est renvoyée de plusieurs couvents car jugée trop indépendante. Les prémices d’une liberté de penser qu’elle gardera toute sa vie. « J’ai été presque en naissant une révoltée contre l’écrasement féminin, tant la brutalité de l’homme envers la femme, dont mon enfance avait été épouvantée, m’a de bonne heure déterminée à revendiquer pour mon sexe l’indépendance et la considération », dira-t-elle plus tard, dans son livre la Citoyenne.

Journaliste et « suffragette française »

 En 1873, autonome et indépendante financièrement, car elle a exigé sa part d’héritage de ses parents, elle s’installe à Paris. Soutenue par Victor Hugo, elle travaille au journal « L’avenir des femmes ». Pour aller plus loin dans son engagement et imposer ses idées, elle fonde même en 1881 le journal « La Citoyenne » en utilisant d’abord un prête-nom masculin, pour y plaider avec force la libération féminine. Plume acérée et brillante, Hubertine trouve les mots justes pour redonner une valeur positive au terme « féminisme » jusqu’alors (et encore trop souvent même aujourd’hui…) méprisé ou moqué.

Dans ses articles progressistes et avant-gardistes, comme dans ses engagements, qui deviennent publics, elle revendique l’égalité parfaite tant sur les salaires que sur les droits politiques et civiques. Elle évoque ainsi déjà l’idée d’un contrat de mariage entre conjoints avec séparation de biens, ou la féminisation de certains mots.  « Quand on aura révisé le dictionnaire et féminisé la langue, chacun de ses mots sera, pour l’égoïsme mâle, un expressif rappel à l’ordre ». Mais son grand combat, qu’elle ne verra jamais achevé, sera celui du droit de vote pour les femmes et celui de se présenter à des élections. Elle crée ainsi en 1876 la société « Le droit des femmes », qui devient en 1883 « Le suffrage des femmes ». Et le combat n’est pas aisé puisque les femmes, écrasées par des siècles de patriarcat, sont loin de toutes être favorables à cette avancée des droits. Déterminée et rarement effrayée, la téméraire Hubertine réalise quelques coups d’éclat, qui ont marqué les esprits, comme son refus de payer l’impôt alors que les femmes n’ont pas de représentation légale. En 1910, elle se présente même aux élections législatives, défiant ainsi les autorités. Morte en 1914 à Paris, cette infatigable militante peine depuis à voir son immense œuvre transmise. Une injustice que souhaite rétablir le collectif.

Une association militante

Présidé par Marie-Jo Fillère, le collectif compte une centaine de membres. « Notre objectif est d’agir auprès de tous les publics et notamment dès le plus jeune âge, par l’éducation, l’information et la sensibilisation afin de veiller à ce que, dans les représentations, l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi qu’entre tous les êtres humains, soit respectée », insiste l’ensemble du collectif.  Un travail qui se fait en appui et complémentarité avec l’ensemble des structures, associations et institutions intervenant sur ces thématiques essentielles.

Après la célébration de son 170ème anniversaire en 2018 et la pose d’une plaque présentant sa vie et parcours, sur l’église de Saint Priest en Murat, l’association a multiplié les évènements. Randonnées littéraires, ciné ou apéro débats, conférences, concours d’illustrations, cabaret Hubertine avec des artistes et humoristes locaux… toutes les occasions sont bonnes pour sensibiliser à la question de l’égalité femmes- hommes et à la fragilité des droits des femmes récemment acquis. L’association a aussi réalisé, pendant le confinement de 2020, une exposition dédiée aux femmes remarquables du bourbonnais. Des résistantes, journalistes, artistes et autres femmes au service des autres, mais que l’histoire locale a un peu oubliées. Hubertine Auclert y est aussi largement représentée avec 6 panneaux illustrant sa vie et son œuvre. Une exposition « en tournée » dans tout le département et au-delà, jusqu’en octobre 2022.

Préserver les acquis

« A l’heure où partout on baisse la garde, un recul s’opère sur les droits acquis chèrement ou ceux encore à obtenir. Beaucoup de lois ne sont pas encore suffisamment bien appliquées, notamment dans la protection des femmes victimes de violences. Nous voulons apporter notre pierre à l’édifice, afin de sensibiliser, dès le plus jeune âge à l’égalité de tous les êtres humains. Il faut aussi conforter les droits des femmes, les conforter et rester vigilants pour ne pas revenir en arrière », martèle avec une conviction inébranlable Marie-Jo Fillère. Ancienne chargée de mission « développement social territorial et vivre ensemble » pour le conseil Départemental Allier, l’engagée présidente a aussi contribué à la création de L’observatoire départemental de la violence faite aux femmes, en lien avec les forces de l’ordre et la Préfecture. Une première en 2013 en territoire rural. C’est donc tout naturellement qu’elle s’est engagée, à l’heure de la retraite, à continuer une mission de sensibilisation et prévention. Un combat quotidien, partagé activement par tous les membres du collectif, qui font honneur à la mémoire d’Hubertine Auclert et à son engagement, toujours aussi indispensable… malheureusement.

Un collectif engagé autour de sa présidente Marie-Jo Fillère (accroupie en rose)

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sylvie ULRICH
sylvie ULRICH
1 mois il y a

.. Suis-je vraiment la première à « commenter » ces pages enthousiastes consacrées à Hubertine Auclert, ? si oui, alors bravo à Scarlette de participer à la découverte de notre illustre bourbonnaise – illustre en son temps … oubliée durant un siècle …, mais qui semble démarrer une nouvelle carrière d’ influenceuse pour les femmes et les hommes de notre temps…A suivre de près

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