Pour certain(e)s d’entre nous, nos chiens, nos chats ne sont plus seulement des animaux de compagnie, mais bien des membres de la famille à part entière.
Ce phénomène porte un nom, le pet parenting ou pet-parentalité. Scarlette vous aide à décrypter cette tendance qui ne cesse de s’amplifier, et qui vient bousculer la « toutousphère » et la « minousphère », pour le meilleur, mais parfois aussi pour le pire.
Une tendance venue des pays anglo-saxons
Adieu l’époque où nos chiens et chats étaient de simples animaux de compagnie, presque « chosifiés ». Aujourd’hui, les Français ne plaisantent plus avec ce sujet. 70% des foyers comptent un compagnon à quatre pattes et le considèrent quasiment comme un enfant, qu’il y ait déjà des enfants dans la famille ou pas. Une nouvelle génération est née, celle des « pet parents ».
Si ce phénomène a gagné la France depuis 3 ou 4 ans, il nous vient (Ô surprise) des États-Unis, où il est déjà en vogue depuis une vingtaine d’années. Mais c’est aussi le cas en Corée du Sud, par exemple, où à Séoul une poussette sur deux est désormais achetée pour un chien.

Un phénomène qui croise celui du « Childfree »
On parle de « dog mum » ou de « cat mum » (ou dad) pour ces anciens maîtres qui se considèrent désormais comme des parents.
En France, c’est notamment la vétérinaire Hélène Gateau qui a contribué à lancer la tendance avec la publication en 2023 de son livre au titre un brin provocateur : « Pourquoi j’ai choisi d’avoir un chien (et pas un enfant) ». Elle y explique, avec humour et profondeur, pourquoi elle a choisi d’être une « dog mum » plutôt qu’une « mum » tout court. Une occasion pour Hélène Gateau se faire se croiser deux tendance de notre société : la « pet-parentalité » et le « Childfree » ou « SEnVol » (Sans Enfants Volontaires), qui désignent les femmes qui choisissent de ne pas avoir d’enfant, et qui l’assument parfaitement.

Une réponse aux nouveaux schémas familiaux
Ce phénomène répond en effet à plusieurs évolutions sociétales : une modification de la cellule familiale, une augmentation du nombre de célibataires et une baisse de la natalité constatée partout dans le monde, sauf dans les pays pauvres.
Si on y réfléchit bien, prendre soin d’un animal, chien ou chat, présente de nombreuses similitudes avec la parentalité « traditionnelle ». C’est d’ailleurs l’objet de l’étude menée pour la Revue European Psychologist par deux chercheuses.

Le besoin de prendre soin d’un être dépendant
Les scientifiques explorent ce phénomène contemporain, démontrant que s’occuper d’un animal comble un besoin humain génétiquement défini.
Ce besoin, c’est celui de prendre soin des autres, de tisser des liens. C’est cette relation émotionnelle forte qu’on a avec un être vivant dépendant, comme l’est un bébé ou un jeune enfant, et qui peut donner du sens à la vie.
Alors que notre environnement rend aujourd’hui le fait d’avoir des enfants plus difficile, ou moins attrayant pour certains, cette facette de la parentalité s’exprime envers d’autres espèces qui entrent dans notre foyer, en l’occurrence nos « pets ».
Ils offrent un moyen de satisfaire ce besoin évolutif nourricier tout en réduisant l’investissement en temps et en énergie émotionnelle par rapport à l’éducation des enfants.
D’ailleurs, d’après une étude Yougov/Ultima de mars 2024, 72% des pet-parents conçoivent qu’on peut préférer avoir un chien ou un chat plutôt qu’un enfant et ce score monte à 78 % chez les 25-34 ans et à 81% chez les 18/25 ans.
Collier connecté, mode canine et « toutous spa »
Parmi les changements majeurs de notre siècle dans la manière de considérer les animaux, on peut citer également le changement de statut juridique de l’animal en France depuis 2015. Ce dernier est désormais qualifié par la loi « d’être vivant doué de sensibilité ».
On prend donc soin nos « pets » en se mettant à l’écoute de leurs besoins, de leur bien-être, de leur santé et même de leur look !
Exit la niche ou le panier tout bête, aujourd’hui Médor et Félix s’invitent dans le lit ou, a minima, dorment dans le grand confort. Ils ont droit à une alimentation parfois presque plus chère que celle de leur « mum », à des cadeaux d’anniversaire ou même à un massage en « toutous spa ». Et que dire de ce petit manteau en fausse fourrure pour l’hiver, ou de ce collier connecté qui vous permet de surveiller l’activité et le sommeil de votre petit poilu ?

Le profil des « pet-parents »
Quant au profil des pet-parents, il est assez varié et correspond aux évolutions sociétales mentionnées plus haut. Il y a les 20-30 ans qui sont en couple mais qui n’ont pas envie d’avoir un bébé tout de suite et les femmes de plus de 40 ans qui n’ont pas voulu ou pu fonder une famille.
Citons également les couples homosexuels ou encore les familles recomposées où l’adoption d’un animal constitue un projet commun, et les femmes plus âgées qui, entre le blues du départ des enfants et les assauts de la ménopause, trouvent du réconfort auprès d’une petite boule de poils (si vous êtes preneuse d’autres ressources sur la ménopause, lisez notre article d’octobre dernier).
Moins d’anxiété et plus d’interactions sociales
Et cerise sur le gâteau, nos chiens, nos chats, sont bons pour notre santé. Ils réduisent notre stress : caresser un pelage tout doux fait grimper le taux d’ocytocine, l’hormone de l’amour, de l’attachement, et bien souvent ils nous font rire. Ils nous reconnectent à l’essentiel en nous poussant à sortir de chez nous, à bouger, à jouer, à profiter du moment présent. Ils nous aident aussi à combattre la solitude, qui progresse fortement dans nos sociétés.
Pour une personne seule, la présence d’un animal est une véritable bouffée d’oxygène. Et au sein d’une famille, s’occuper d’un animal peut être un apprentissage des responsabilités intéressant.
Toutes les recherches sont en tout cas formelles : un chien ou un chat à la maison, c’est un booster de bien-être ! (si vous voulez aller plus loin, vous pouvez lire ou relire l’article de Scarlette sur les animaux et la santé mentale).

Attention aux dérives !
Attention toutefois, à ne pas tomber dans le « trop », qui est un marqueur de notre société actuelle. Les animaux ne sont ni des jouets, ni des cadeaux, ni des réceptacles à chagrin. L’animal reste et doit rester un animal, avec des besoins qui lui sont propres, et nous devons respecter son altérité.
Ce serait paradoxal d’arriver à maltraiter un animal à trop vouloir prendre soin de lui.
Nous avons de plus en plus tendance à « anthropomorphiser » notre animal de compagnie, comme l’explique la journaliste Mylène Bertaux dans son ouvrage « Toutoutes ». Elle y alerte sur le risque de « pétichisation » (inspirée de fétichisation), qui nous incite à traiter notre canidé comme un être humain (parfois même mieux qu’un être humain).

Vouloir le chien idéal
Cette tendance de la « pet-parentalité » s’accompagne d’ailleurs d’une popularité croissante des races de petits chiens (chihuahuas, teckels, bichons…) qui présentent souvent des caractéristiques dites néoténiques, soit des traits semblables à ceux des bébés humains. Ces traits d’apparence enfantine (visage rond, grands yeux) inspirent un sentiment fort de protection et d’attachement et influencent directement la relation affective.
Mais attention, justement, à ce que ce sentiment d’attachement ne devienne pas une source d’anxiété, à la fois pour le « pet-parent » et pour le chien (les chats sont un peu plus à l’abri de ce type d’émotion, car plus indépendants).
Une responsabilité à part entière
Prenons garde aussi de modérer nos attentes. Non, le chien idéal n’existe pas. Un chien, c’est mignon, mais ça perd ses poils, ça fait pipi et caca et, parfois (souvent), ça pue du bec.
Et un animal, c’est une sacrée responsabilité. Il doit être soigné, nourri, promené régulièrement, et il doit avoir des interactions sociales. Tout ça, ça a un coût, et il faut en être conscient. Il ne s’agira pas d’abandonner Médor ou Félix à la première difficulté rencontrée.

Une « pet economy » en plein boom
Quoi qu’il en soit, notre bon vieux modèle capitaliste n’a pas mis longtemps à repérer le filon que représente le bien-être des nos compagnons à quatre pattes. Les tentations sont nombreuses pour qui se laisse amadouer facilement par le marketing. On parle même maintenant de « pet economy ». Hôtels et bars pour chiens, vêtements et accessoires, parfums, événements divers allant de l’anniversaire aux obsèques, calendrier de l’Avent, etc… Voilà un marché économique très juteux, qui surfe parfois sur la vulnérabilité de certains « pet-parents », notamment les personnes seule et isolées.
Gardons en tête les besoins réels de notre animal. Est-ce que Simone (la chienne de votre rédactrice) a vraiment besoin d’une garde-robe digne de celle de Carrie Bradshaw dans « Sex and the City » ?
En somme, on peut dire que la pet-parentalité enrichit la vie en apportant un sentiment de réconfort et un lien émotionnel fort. Toutefois, il est important de trouver la bonne mesure entre l’amour inconditionnel porté à notre poilu et les limites saines qui vont garantir un bien-être mutuel et une relation équilibrée.
FAQ : Pour aller plus loin
À Podcaster :
AlloPets podcast : le podcast des pet parents et pet lovers, par Romane Haller.
À lire :
« Pourquoi j’ai choisi d’avoir un chien (et pas un enfant) » et/ou « Dormir seul(e), à deux…ou avec son chien » d’Hélène Gateau. La très médiatique vétérinaire explore avec humour, sensibilité et profondeur notre lien aux animaux.
On fait un pas de côté en évoquant la parentalité chez les animaux avec « L’animal parent », le livre de la journaliste Yolaine de la Bigne, qui étudie depuis longtemps les intelligences animales.
À écouter/à chanter :
« Martha my Dear », un des tubes incontournables des Beatles, signé Paul McCartney. Si le chanteur a toujours dit qu’il y avait un sens caché à cette chanson, il n’empêche qu’il s’est inspiré de sa chienne Martha pour le titre et le texte.
Si vous êtes plutôt chat : « Delilah », titre du groupe Queen, que Freddy Mercury avait dédié à un de ses chats. Il aimait tellement ses matous qu’il leur parlait au téléphone pendant les tournées !
À regarder
Merv, actuellement sur Amazon Prime, ou les conséquences d’une rupture amoureuse sur l’enfant du couple qui n’est autre qu’un chien !

