A 40 ans et alors qu’elle doutait encore de son talent, Aurore Treille monte sur scène à Avignon

Changer de vie à 40 ans - la Mère Lapic vous enfume spectacle

On peut aimer écrire, jouer et rire, mais on ne choisit pas toujours la scène. Parfois, c’est elle qui nous choisit. Changer de vie à 40 ans, ça peut faire peur. Douter, reculer, hésiter… Pourtant certains y vont quand même. Comme Aurore Treille qui a osé passer de l’apiculture au stand-up. Avec son spectacle La Mère Lapic vous enfume, elle transforme depuis 2 ans, l’écologie en moment de joie et son hypersensibilité en force vibrante. Aujourd’hui, elle prend même la direction du Festival d’Avignon. Peut-être parce que chez les Treille, on ne fait pas les choses à moitié. Et quand l’un se lance à cœur perdu dans les ruches, le miel et les abeilles, l’autre réalise ses rêves de transmission et de scène.

Voici l’histoire d’une éclosion inattendue. Celle d’une jeune artiste qui a encore un peu l’impression de l’être malgré elle…

Changer de vie à 40 ans : quand tout bascule

Rien ne destinait Aurore Treille à la scène. Formée au commerce international et aux langues vivantes, elle fait ses premières armes chez Celnat, entreprise spécialisée dans la transformation de céréales biologiques. « Je suis restée 10 ans en tant que responsable commerciale. Je gérais les achats, la logistique, les stocks. » Jusqu’à ce qu’elle estime avoir fait le tour de la question. « J’avais besoin d’autre chose ! » Elle s’installe alors à son compte dans l’accompagnement d’entreprises, jusqu’à ce que les abeilles, après avoir déjà pris possession du cœur de son mari, Fred, entrent aussi peu à peu dans le sien… 

Ensemble, ils fondent Label Ruche. Une structure hybride mêlant apiculture, vente, formation et sensibilisation du grand public (écoles, EHPAD, conférences…) « Ce dernier volet de vulgarisation, c’est moi qui m’en chargeait. Tout simplement parce que j’adore ça ! » Lui connaît le monde des abeilles, elle la gestion d’entreprise et l’envie de transmettre au public. Avec Label Ruche, le couple se complète. Si bien que très vite, l’activité décolle ! Un peu trop peut-être… « On ne s’attendait pas à ce que ça prenne autant de place. » Au bout de quelques années, ils revendent alors une partie de l’entreprise mais gardent l’essentiel : les ruches et l’apiculture pour lui, la transmission au grand public pour elle.

Changer de vie à 40 ans - la Mère Lapic vous enfume spectacle

Le monde des abeilles, Aurore le découvre. Rapidement il l’a fascine. Au fil des années et de ses expériences dans l’apiculture, Aurore, toujours un stylo en main, glanes des citations, des mots d’enfants, d’apiculteurs… Presque sans s’en rendre compte, elle noircit des pages d’anecdotes, de remarques, de réactions causasses, Mais alors que les animations en écoles et en maisons de retraite connaissent un franc succès, un autre détail coince : les conférences. Peu de monde et donc peu d’impact malgré la qualité de ses interventions. Jusqu’au soir où une phrase va tout changer

« Et si tu faisais un spectacle ''à la con'' ? » : la naissance de la Mère Lapic

C’est lors d’une énième conférence dans une salle quasi vide que l’un des organisateurs lance : « Si ça avait été un spectacle à la con, sûr qu’il y aurait eu du monde ! » Aurore sourit. Peut-être parce cette dernière phrase n’est pas tombée dans l’oreille d’une sourde. Ses notes, ses anecdotes, ses observations sur le monde des abeilles allaient enfin sortir des tiroirs. L’idée d’un spectacle prend vie. La Mère Lapic vous enfume est en train de naître. Une enseignante caricaturale, un humour grinçant, une écriture acérée… Mais surtout, une autre manière, plus drôle, plus accessible et plus ludique, de parler d’écologie ! Le vrai sujet de son spectacle sur les abeilles. « L’écologie, pour beaucoup, c’est politique, barbant ou culpabilisant. Parfois les trois à la fois. Mais là, on rit ! Et ça passe crème… »

Changer de vie à 40 ans - la Mère Lapic vous enfume spectacle

« Dans les premières versions de mon spectacle, j’étais allée trop loin. Trop de satire, trop de politique. Trop de tout. »

Alors au fur et à mesure du rodage, elle coupe. Elle écoute, affine et enlève le superflu pour ne laisser que l’essentiel : les abeilles, le message et ses meilleures blagues. Le spectacle devient plus court, plus percutant, plus vivant. Et ça fonctionne ! Le public suit, apprend plein de choses. Les rires circulent. Les silences disparaissent.

 

Mission accomplie pour Aurore, qui d’entrepreneure et conférencière, vient doucement de mettre le pied dans l’univers fascinant du spectacle vivant.

Le théâtre, de refuge de jeunesse à révélation d’une femme affirmée

Cette relation à la scène, pour Aurore, ne date pas d’hier. « Mais je n’y avais pas remis les pieds depuis longtemps. » Il y a plusieurs années, alors lycéenne, le théâtre l’a sauvée. « J’étais une jeune fille mal dans ma peau, dans une classe de seconde malveillante pour qui je suis rapidement devenue le bouc émissaire. Si j’étais restée dans cet établissement, ça se serait mal passé. J’aurais mal tourné. »

Alors pour fuir la peur et le calvaire, Aurore s’est inventée une passion pour le théâtre. « C’est la seule option qui n’existait pas dans mon établissement, mais dans un autre. » Et ça a marché ! « Je suis tombée dans une classe bienveillante, avec des amis qui le sont encore aujourd’hui et des profs extraordinaires, à l’écoute, avec qui nous pouvions laisser libre cours à nos délires. Sans aucun jugement. » Pour Aurore, c’est la libération. Le théâtre et la scène deviennent un refuge, une respiration. Jusqu’au bac, ou la jeune fille d’alors, déploie ses ailes comme jamais sur une épreuve de lecture théâtralisée. Elle y laisse ses trippes. C’est un 19/20 et la révélation. Et quelque part, une jeune femme qui renait de ses cendres

L’appel de la scène et le bonheur de jouer son propre spectacle

Puis la vie reprend son cours. Les études, le travail… Et Aurore Treille met le théâtre entre parenthèses. Mais la passion reste, quelque part, comme en veille. Jusqu’à aujourd’hui, où loin de l’adolescente fragile, c’est une femme drôle, sensible et accomplie qui foule désormais les planches des salles de spectacle qu’elle traverse. Avec à chaque fois, le même vertige.

« Être quelqu’un d’autre, entrer dans la peau d’un personnage et faire rire toute une salle avec un texte d’Aurore Treille joué par Aurore Treille, c’est juste génial ! Quand je sors de scène, j’ai l’impression d’avoir fait 3 heures de badminton (une autre de ses grandes passions, ndlr). C’est éreintant, mais tellement grisant ! » Surtout quand elle sent le public conquis. « Ils ne me disent pas forcément merci pour les blagues, mais pour ce qu’ils ont appris. » Et c’est là que se joue toute la finesse de sa plume… Dans le bon dosage du jeu et du message écologique. Dans le juste équilibre des blagues qui rythment le spectacle et de l’apprentissage ludique de ce monde à part qu’est celui des abeilles.

Du vertige à la consécration : le Festival d’Avignon

Changer de vie à 40 ans - la Mère Lapic vous enfume spectacle

Si aujourd’hui son spectacle est rodé et qu’Aurore paraît sûre d’elle, cela n’a pas toujours été le cas. Quand elle a appris sa participation au Festival d’Avignon off cet été, son sang n’a fait qu’un tour. « Je me suis lancée dans l’aventure sans trop y croire. » Une idée soufflée par d’autres. Un « pourquoi pas » plus tard, et la réalité brutale d’un monde qu’elle ne connaît pas encore : ici, ce sont les artistes qui paient d’abord pour jouer. « Je ne m’attendais pas à ça. La prise de risque finalement, elle est pour moi ! » Alors elle hésite. Elle panique. Recule presque… Comme beaucoup de femmes en « reconversion professionnelle » après 40 ans, elle doute encore de sa légitimité.

Et puis il y a cette cagnotte. Lancée comme une bouteille à la mer, discrètement. Sans trop y croire… Avec une toute petite somme. Mais c’est l’effet boule de neige ! Et elle ne s’y attendait pas…

« Les gens ont donné sans que je demande vraiment. Ils y croyaient plus que moi. Ça m’a mis une pression énorme ! Je me suis dit que je ne méritais pas tout ça. J’ai eu peur. Peur de ne pas être à la hauteur de leur générosité, peur de décevoir…» C’est la chute émotionnelle ! L’heure des larmes et de la remise en question profonde. Mais quelque part, c’est aussi l’heure du déclic. « Ça m’a tiré vers le haut ! J’ai retravaillé le spectacle comme jamais. Je l’ai réécrit comme jamais. J’ai répété comme jamais ! » Et force de répétitions, Aurore retrouve peu à peu le sourire. La confiance revient alors, comme un arc-en-ciel apparaît après l’orage… 

Oser se lancer après 40 ans malgré les doutes

Changer de vie à 40 ans - la Mère Lapic vous enfume spectacle

Elle pensait juste écrire un spectacle et faire rire avec ses mots sur quelques scènes locales. Mais avec La Mère Lapic vous enfume, elle s’est finalement trouvée. Pas tant dans le personnage évidement, dont la froideur n’a d’égale que la douceur de la comédienne qui l’incarne. Mais dans une aventure humaine sans nulle autre pareille. « Je me suis découverte. Je me suis réinventée. J’ai appris à écouter, à ne pas juger. J’ai grandi avec la Mère Lapic. » Regonflée à bloc, soutenue par ses proches et même quelques inconnus à travers sa cagnotte, Aurore croit enfin en elle et en son spectacle. Et c’est tout ce qui lui manquait avant de partir pour le Festival d’Avignon en juillet.

« Est-ce que je suis une artiste ? J’avoue, j’ai encore du mal à le dire… Je ne l’assume pas du tout », plaisante-t-elle. Pour autant, il y a quelques jours, Aurore cochait pour la première fois le statut « d’artiste » sur sa page Facebook.

« Artiste », un mot qu’elle n’ose pas encore dire tout haut, mais qui commence doucement à exister. Une évidence pour les autres, mais pour elle, une vérité encore fragile, qu’elle effleure du bout des doigts… Comme une lumière qu’on apprivoise à tâtons, avant d’oser un jour la laisser éclore.

Sur scène, Aurore Treille parle d’abeilles, de société, de biodiversité et d’un monde fragile. Mais chez Scarlette, on sait qu’en réalité ses mots racontent autre chose : ils parlent de légitimité, de peur, de doutes et du courage qu’il faut pour y aller quand même.

Ils racontent l’histoire d’une jeune fille qui a vu assez de noirceur pour avoir l’audace de vouloir rêver sa vie en couleurs. Et chez Scarlette, ce sont ces récits qui nous inspirent ! Parce qu’on sait combien certaines métamorphoses ne font pas de bruit, ne se voient pas tout de suite, ne s’annoncent pas… Mais se vivent ! Nous savons qu’au fond, cette histoire n’est pas seulement la sienne. Mais celle de toutes celles qui doutent… Mais qui un jour avancent quand même. Au point que certaines petites abeilles deviennent en seulement 4 ans et une dizaine de scènes, de majestueux papillons…

Pour suivre Aurore dans toute son aventure :

Quand sont ses dates au Festival d'Avignon ?

Rendez-vous du 3 au 25 juillet 2026 pour célébrer la 60e édition du festival Off Avignon ! Retrouvez la Mère Lapic au théâtre Notre-Dame à 18 h 30 dans la Salle Noire. Jours de relâche les 8, 15 et 22 juillet. Tout public (conseillé dès 10 ans).
Tarifs : 20 € / 14 € enfant et abonnés.

Je veux l'aider et participer à la cagnotte

Pour l’aider à emmener ses petites abeilles au Festival d’Avignon, sa cagnotte Ulule est encore ligne, et ce jusqu’au 1er juin 2026 : Cagnotte en ligne.

Après les abeilles, que va devenir la Mère Lapic ?

Terriblement attachée au personnage de la Mère Lapic, Aurore réfléchit d’ores et déjà à la suite. Et il se pourrait bien que d’autres petites créatures (cette fois sous terre) l’inspirent autant que ses petites abeilles pour un futur spectacle…

J'aimerais visiter son site Internet pour en savoir plus

Pour suivre toute l’actu de la Mère Lapic et les dates de ses spetacles, rendez-vous sur son site Internet : www.lamerelapic.fr/

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