Partir trois jours pour décrocher et passer quarante-cinq minutes sur son téléphone à chercher où dîner : nous avons connu des concepts de déconnexion plus convaincants. À peine arrivées, Google Maps est ouvert, Instagram aussi, les avis défilent et quelqu’un finit généralement par lâcher : « Attends, je regarde ce qu’il y a à faire autour. » Résultat, on voulait voyager, on se retrouve à comparer quatre restaurants et le commentaire très remonté de Jean-Michel qui, en avril 2024, a trouvé son café « franchement tiède » !
À force de vouloir tout voir, tout prévoir et surtout ne rien manquer, on oublie parfois l’essentiel : ressentir l’endroit où l’on est. C’est précisément l’idée défendue par Fanny Christiaen Boileau, fondatrice d’Osez Vos Rêves, qui imagine en France des escapades sur mesure pensées pour éveiller les cinq sens et privilégier le ressenti plutôt que l’accumulation d’activités.
Le voyage sensoriel en France devrait commencer simplement par ça : regarder, écouter, goûter, sentir, toucher… Et laisser, de temps en temps, son téléphone dans son sac.
Voyager n’est pas une liste de choses à faire
On connaît toutes ce moment étrange où les vacances commencent à ressembler dangereusement à une journée de travail. 9 h 30 : marché. 11 h : musée. 12 h 45 : restaurant réservé depuis trois semaines. 15 h : « petit village absolument incontournable ». Et entre deux, vingt minutes de voiture parce qu’un Reel enregistré en février promettait le plus beau point de vue de la région. À 18 h, on a beaucoup vu, pris environ 126 photos et développé une légère envie de ne plus parler à personne. Formidable programme de détente.
Le problème n’est évidemment pas de préparer son voyage. Savoir où dormir, repérer une bonne table ou éviter de découvrir à 20 h 12 que tous les restaurants du village sont fermés peut même sauver quelques relations. Ce qui change tout, c’est le moment où l’organisation cesse de nous faciliter le séjour et commence à le diriger. Parce qu’à vouloir rentabiliser chaque journée, on finit par regarder un paysage en pensant déjà à l’étape suivante. On goûte sans vraiment goûter, on traverse un marché en cherchant l’adresse enregistrée sur son téléphone, on photographie une rue avant même d’avoir pris le temps de la regarder.
C’est précisément là que le voyage sensoriel devient intéressant. Pas besoin de retraite silencieuse ni de partir une semaine sans réseau : il s’agit simplement de remettre un peu d’attention là où nous avons pris l’habitude de mettre de l’efficacité. Une odeur qui sort d’une boulangerie, le bruit d’une place au réveil, une spécialité choisie parce qu’elle nous intrigue plutôt que parce qu’elle totalise 2 843 avis, une route empruntée sans savoir exactement ce qu’on trouvera au bout. Voyager avec ses cinq sens, ce n’est finalement pas en faire moins pour le principe. C’est arrêter de vouloir tout collectionner pour recommencer à se souvenir de quelque chose.
Ce que votre cerveau retiendra vraiment de ce voyage
Notre mémoire n’enregistre pas les vacances comme un disque dur. Et, quelque part, heureusement : personne n’a besoin de conserver pendant quinze ans le souvenir précis du parking souterrain de Beaune ou de la file d’attente devant un musée. Elle fait plutôt son tri. Elle garde quelques scènes, des émotions et surtout des détails capables de réveiller tout le reste des mois, parfois des années plus tard.
C’est pour cela qu’un voyage dont le programme était pourtant impeccable peut finir par se résumer à trois souvenirs complètement imprévus. Le goût d’une tomate achetée sur un marché. Une chanson entendue fenêtres ouvertes sur une petite route. La lumière d’un soir. L’odeur des pins chauffés par le soleil. Cette sensation très particulière de remettre ses chaussures avec encore du sable entre les orteils — nettement moins poétique sur le moment, beaucoup plus efficace quelques années après. Nos cinq sens donnent de la matière à nos souvenirs : ils ne nous disent pas seulement où nous étions, ils nous permettent presque d’y retourner.
L’odorat est probablement l’exemple le plus spectaculaire. Une odeur peut faire surgir un souvenir avec une précision assez déconcertante, sans que l’on ait cherché quoi que ce soit. Un parfum de crème solaire et nous voilà à nouveau sur cette plage. Du café mélangé à l’air froid et c’est un matin de vacances qui revient. Ce n’est donc pas forcément le nombre de lieux visités qui rend un séjour mémorable. Le voyage sensoriel consiste justement à laisser assez de place à ces détails pour qu’ils puissent exister. Parce que dans six mois, nous aurons peut-être oublié le nom du quatrième château visité le mercredi. Cette tarte aux abricots mangée sur une terrasse, beaucoup moins.

Le problème, ce n’est pas Google Maps. C’est de devoir décider tout le temps
Le vrai épuisement commence souvent avant même d’avoir posé la valise. Quel hôtel ? Quel quartier ? Train ou voiture ? Est-ce que ce restaurant vaut vraiment ses 4,6 étoiles ? On réserve maintenant ou on attend ? Et sur place, ça continue : déjeuner ici ou dix minutes plus loin, visiter ce musée ou profiter du soleil, rentrer se reposer ou « quand même faire quelque chose ». À force, les vacances ressemblent parfois à une succession de micro-décisions prises avec un tote bag sur l’épaule.
C’est ce que l’on appelle la fatigue décisionnelle : plus nous devons faire des choix, plus ils finissent par nous coûter mentalement. Et organiser ses vacances peut en produire une quantité assez remarquable. Le plus ironique, c’est que l’on cherche généralement à tout anticiper pour être tranquilles. Alors on ouvre douze onglets, on compare les avis, on construit un tableau Excel, on envoie trois captures d’écran au groupe WhatsApp et, deux heures plus tard, on ne sait toujours pas où dormir. La détente se porte bien…
C’est aussi là que déléguer une partie de l’organisation du voyage peut avoir un intérêt beaucoup plus concret qu’il n’y paraît. Pas pour abandonner toute liberté ni suivre un programme au garde-à-vous, mais pour éviter de consacrer une partie du séjour à faire ce qu’on faisait déjà chez soi : chercher. Avoir quelques bonnes adresses, un itinéraire cohérent, des expériences choisies en fonction de ses envies et laisser ensuite de l’espace autour. Parce qu’être guidée n’empêche pas l’imprévu. Parfois, c’est même exactement ce qui permet enfin de lui faire une place. Et, on ne va pas se mentir, quel gain de temps !

Arrêter de chercher « le meilleur »
Il nous faut toujours le meilleur restaurant, la plus belle plage, le village le plus charmant, le café que « seuls les locaux connaissent » et, si possible, le coucher de soleil que personne n’a encore posté. Voyager est parfois devenu une compétition assez étrange contre la peur de mal choisir. Comme si s’asseoir à une terrasse simplement parce qu’elle nous plaît pouvait désormais constituer une erreur stratégique.
Évidemment, les recommandations ont leur utilité. Elles évitent quelques pièges, permettent de gagner du temps et peuvent mener vers de vraies pépites. Mais à force de chercher la meilleure expérience possible, on finit parfois par ne plus vivre celle que l’on a sous les yeux. On compare encore le menu alors que l’assiette est arrivée, regarde les photos d’une plage située vingt kilomètres plus loin alors que celle devant nous est presque vide et vérifie si le village mérite vraiment le détour… alors qu’on y est déjà.
Et surtout, cette obsession du « meilleur » uniformise doucement nos voyages. Les mêmes terrasses apparaissent dans les mêmes vidéos, les mêmes spots deviennent incontournables, les mêmes adresses se retrouvent enregistrées par des milliers de personnes avant même qu’elles aient mis un pied dans la région. Or, découvrir un territoire, c’est aussi accepter une part de hasard. Entrer quelque part parce que ça sent bon. Suivre une rue parce qu’elle donne envie. Commander ce plat dont on ne sait pas très bien ce qu’il contient. Se tromper parfois aussi — nous survivrons probablement à un tiramisu moyen.
C’est peut-être là que le voyage redevient vraiment personnel : quand on cesse de vouloir vivre la meilleure version possible d’un séjour pour commencer à vivre la sienne.
Les prochaines vacances arrivent. Et avec elles, la grande question : on part où ?
Les vacances de la Toussaint débuteront le 17 octobre, avec une reprise des cours le 2 novembre. Autrement dit, le moment où l’on commence à regarder sérieusement où s’échapper quelques jours approche. Et avec lui revient le petit rituel : ouvrir Booking, regarder les trains, hésiter entre quatre régions, enregistrer huit hôtels, demander l’avis de tout le monde puis passer une soirée entière à chercher ce qu’il y aura à faire une fois sur place. À ce stade, nous n’avons toujours rien réservé, mais nous connaissons déjà le prix moyen d’une chambre dans le Perche et les horaires du marché de Sarlat.
C’est justement sur cette partie-là du voyage que Fanny Christiaen Boileau a construit Osez Vos Rêves : non pas choisir une destination à votre place et vous livrer un programme standard, mais préparer une escapade en France à partir de vos envies, de votre budget et surtout de votre rythme. Ses « Parenthèses Françaises » peuvent prendre la forme d’un séjour de plusieurs jours comme d’une courte escapade, avec un carnet personnalisé, des itinéraires et des adresses sélectionnées en amont.
Osez Vos Rêves : quelqu’un a déjà fait les recherches...
L’idée est assez séduisante pour toutes celles qui aiment partir mais beaucoup moins passer leurs soirées à préparer le départ. Fanny imagine chaque Parenthèse sur mesure et pousse le détail au-delà du simple « voici trois restaurants et deux musées ». Dans le coffret peuvent aussi se glisser une playlist pour accompagner le séjour, une surprise à goûter, des petits défis, une carte postale à envoyer — ou à s’envoyer — et une pochette destinée aux souvenirs ramenés en chemin.

Son site : Osez vos rêves

Elle a par ailleurs fait un choix intéressant : ne travailler que la France. Pas forcément celle qui nécessite six heures de route et trois correspondances, puisque certaines escapades peuvent se trouver à seulement deux heures de chez soi. L’idée n’est donc pas de partir plus loin, mais de regarder autrement ce que l’on croyait parfois déjà connaître. Et, accessoirement, d’arriver quelque part sans avoir passé les trois semaines précédentes à zoomer sur Google Maps.
Et il y a un autre détail qu’on aime beaucoup : le carnet remet le voyage au milieu de la table. Fini les heures passées chacun de son côté, téléphone à la main, à envoyer des liens que personne ne regarde vraiment. On ouvre ensemble une Parenthèse pensée pour soi, on découvre les étapes, les adresses, les petites surprises, on commence à se projeter. Le voyage débute presque avant le départ — et, pour une fois, pas derrière quatre écrans différents.
Pas mal, non ? Vous pourrez nous remercier au moment où vous réaliserez que, pour une fois, vous êtes partie sans avoir passé trois soirées à organiser votre départ.
Le sixième sens du voyage : avoir le temps
On peut avoir trouvé la plus belle maison d’hôtes, réservé une table formidable et prévu une visite passionnante : si tout est enchaîné à la minute près, l’expérience finit vite par ressembler à un agenda Outlook avec une meilleure vue. Le vrai privilège, finalement, n’est peut-être pas d’en faire davantage. C’est d’avoir assez de temps pour ne pas savoir exactement ce que l’on fera dans une heure.
C’est dans ces espaces-là que les voyages deviennent souvent les plus intéressants. Un déjeuner qui s’éternise parce qu’on est bien. Une route que l’on quitte sur un coup de tête. Une conversation avec quelqu’un du coin. Une sieste scandaleusement longue à 16 heures alors qu’un monument parfaitement respectable nous attendait à douze kilomètres. Rien qui mérite forcément une case dans un programme. Et pourtant, ce sont précisément ces moments-là qui donnent au séjour sa propre histoire.
Le voyage sensoriel ne demande donc pas de bannir les réservations, de jeter son téléphone ou de se découvrir soudain une passion pour l’improvisation totale. Il demande surtout de ne pas remplir chaque espace disponible. Parce que voir, écouter, goûter, sentir ou toucher suppose une chose assez peu compatible avec la course : être vraiment là.
Alors pour les prochaines vacances, on peut toujours préparer quelques bonnes adresses, prévoir ce qui compte vraiment et même laisser quelqu’un d’autre faire une partie du travail. Mais gardons aussi quelques heures sans programme. Les cinq premiers sens nous permettent de découvrir un endroit. Le sixième, lui, nous permet enfin d’en profiter.
Finalement, voyager autrement ne demande pas forcément d’aller plus loin, de dépenser plus ou de tout bouleverser. Il suffit parfois de moins remplir, moins comparer, moins anticiper… Et de laisser un peu de place à ce qui n’était pas prévu. C’est souvent là que commencent les meilleurs souvenirs.
Tout cela vous a donné envie de partir ? La rubrique Évasion de Scarlette regorge déjà d’idées de week-ends, d’escapades et de vacances à glisser dans vos prochains projets.

