On regarde, mais on ne ressent plus vraiment.
On a beau ouvrir Instagram, feuilleter les défilés ou entrer dans certaines boutiques, une impression persiste. Le sexy est partout : corps exposés, silhouettes ultra-ajustées, transparences savamment calculées, poses maîtrisées jusque dans le moindre angle. Et pourtant… Quelque chose ne prend plus.
On regarde. On reconnaît les codes. Mais l’émotion, elle, reste souvent à distance.
Pourquoi, alors que tout est censé être désirable, a-t-on parfois cette sensation étrange de vide ? Pourquoi certaines images impeccables nous laissent indifférentes, là où un simple manteau bien coupé, aperçu dans la rue un matin d’hiver, peut soudain accrocher le regard ? Et vous, quel détail vous fait vraiment craquer quand vous le voyez passer, sans mise en scène ni filtre ?
La réponse n’est ni morale, ni générationnelle. Elle est émotionnelle.
Et profondément liée à la manière dont la mode, en 2026, change de registre.
Pourquoi le sexy nous lasse-t-il ?
On ne parle pas ici de sensualité. La sensualité, elle, n’a jamais disparu. Ce qui s’essouffle, en revanche, c’est sa mise en scène permanente.
Depuis plusieurs saisons, le sexy est devenu un exercice attendu. Un langage presque obligatoire. Décolletés stratégiques, robes seconde peau, micro-jupes portées avec assurance calculée. Sur les podiums comme dans la rue, le corps est souvent présenté comme une vitrine — maîtrisée, performante, prête à être regardée.
On a compris le message. Trop bien répété.
Le problème n’est pas ce que l’on montre.
Le problème, c’est pourquoi on le montre.
À force d’être surexposé, le désir s’est confondu avec la visibilité. Être vue est devenu un objectif en soi. Et dans ce contexte, même les pièces les plus audacieuses finissent par perdre leur pouvoir.
On le sent dans les collections, mais aussi dans les conversations entre femmes. On aime toujours la mode. On aime toujours se sentir belle. Mais vous aussi, vous vous êtes déjà surprise à reposer une robe pourtant parfaite, simplement parce qu’elle demandait trop d’énergie, trop d’attention, trop d’intention ? (Et franchement, qui a encore envie de “tenir une tenue” toute la journée ?)
Et si le désir avait changé de tempo ?
La mode ne devient ni sage, ni prudente. Elle devient plus lente. Plus incarnée. Plus précise.
Sur les derniers défilés parisiens, le message est clair, même s’il est subtil. Chez The Row, les silhouettes enveloppent sans enfermer. Chez Jil Sander, la sensualité passe par la coupe, pas par l’exposition. Même Jacquemus, longtemps associé à une sensualité solaire et assumée, explore aujourd’hui des volumes plus protecteurs, des matières plus denses, presque introspectives.
Moins de peau montrée.
Plus de sensation ressentie.
Le désir ne disparaît pas. Il se déplace. Il quitte la démonstration frontale pour s’installer dans le détail, le poids d’un tissu, la façon dont un vêtement accompagne un mouvement au lieu de le mettre en scène.
Et vous, vous sentez-vous plus attirée par le subtil que par le clinquant ces derniers temps ?
Quand la mode recommence à raconter quelque chose de nous
Ce que l’on voit émerger en 2026, ce sont des vêtements qui frôlent plus qu’ils ne révèlent. Des coupes qui suivent le corps sans le contraindre. Des silhouettes qui suggèrent une présence, pas une performance.
Une maille dense portée à même la peau.
Un manteau long dont le tombé rassure.
Un pantalon bien structuré qui redresse la posture sans jamais l’imposer — vous savez, celui qui fait dire ‘tiens, je me tiens mieux que prévu’.
Chez Bash, une veste souple portée ouverte fonctionne aussi bien au bureau qu’en terrasse, sans jamais chercher l’effet. Comptoir des Cotonniers revient à des matières plus mates, plus tactiles. Caroll mise sur des lignes nettes, presque silencieuses, mais terriblement efficaces.
Le désir calme ne cherche pas à séduire.
Il s’impose par justesse.
Et au fond, n’est-ce pas ce que l’on recherche aujourd’hui ? Des vêtements qui ne demandent pas d’effort supplémentaire pour exister.
Focus couleur : le rose 2026, ni naïf ni sexy
Impossible de passer à côté du rose cette saison. Mais attention : rien à voir avec le rose bonbon ou la séduction forcée.
Le rose de 2026 est patiné, minéral, parfois presque poussiéreux. Un rose poudré chez Dior, un vieux rose sophistiqué chez Chanel, un rose grisé chez Liu Jo qui se glisse naturellement dans un vestiaire du quotidien.
C’est une couleur qui ne cherche pas à charmer. Elle rassure. Elle apaise. Elle accompagne. Portée sur une maille douce, un manteau structuré ou une chemise fluide, elle devient une alternative élégante aux neutres habituels.
Cette maille douce Sézane pourrait presque tenir lieu de thérapie du lundi matin — on vous jure, elle fonctionne mieux qu’un café triple shot.
Et si le vrai luxe, aujourd’hui, était simplement de se sentir bien dans la couleur que l’on porte ?
Le désir calme, dans la vraie vie
Pas besoin de podium pour comprendre cette tendance. Il suffit d’observer.
Une femme dans le métro avec un trench parfaitement coupé, une maille douce rose patinée et des bottines à talons. Une autre, au café, en jupe crayon, chemise fluide et blazer oversize bien coupé, sac porté croisé et boucle d’oreille statement discrète. Mules confortables, trench léger, maille enveloppante — rien de spectaculaire. Mais une allure évidente. Une maille douce, un trench bien coupé et des mules confortables — et voilà, votre look parle pour vous.”
Le désir calme s’incarne dans des choix simples :
- une coupe juste,
- une matière agréable,
- une pièce que l’on porte pour soi.
Qui n’a jamais ressenti ce frisson en passant devant une pièce parfaitement coupée ? On ne cherche plus à être remarquée à tout prix. On cherche à être alignée. Et vous, quel détail vous fait vraiment craquer quand vous le voyez dans la rue ?
Lecture entre les lignes (pour celles qui observent de près)
Derrière cette évolution, il y a aussi un changement plus profond. Moins de pièces, plus de sens. Fini le layering ! Un retour du toucher, de la matière, du confort émotionnel. La mode redevient un langage intime, pas un panneau publicitaire.
Cette fatigue du trop-plein, on la retrouve d’ailleurs bien au-delà du vestiaire. Dans nos relations, nos rythmes, notre manière d’être présentes — ou non — aux autres. Scarlette en parlait déjà dans La catch-up culture ou l’amitié à l’épreuve de l’ultra-connexion, une réflexion qui éclaire aussi, en creux, ce que la mode est en train de lâcher.
Les professionnelles le voient. Les clientes le ressentent. Et celles qui hésitent encore savent, au fond, que quelque chose est en train de se rééquilibrer.
Et maintenant ? En 2026, le désir n’est plus une injonction. Il devient une sensation intérieure. La mode ne sert plus à attirer les regards, mais à habiter pleinement sa place. À se sentir présente. Juste. Ancrée.
Et si, finalement, le vrai luxe n’était plus d’être regardée… Mais de se reconnaître — vraiment — dans ce que l’on porte ?

