Crise de l’attention : et si on essayait la sophrologie ?

Crise de la concentration photo mise en avant

Vous relisez la même phrase. Trois fois. Et vous ne savez même plus ce que vous venez de lire. Votre téléphone vibre. Une notification. Puis une autre. Et votre attention disparaît. Pas parce que vous n’êtes pas capable de vous concentrer. Mais parce que tout, aujourd’hui, est conçu pour vous en empêcher.

Dans un environnement submergé d’informations et de notifications en tout genre, notre capacité d’attention est mise à rude épreuve. Aggravé par l’augmentation du stress et le manque de sommeil, ce phénomène a des conséquences, à la fois sur notre santé individuelle et collective.

Scarlette vous aide à décrypter ce fait de société et vous propose un focus sur une pratique qui peut nous aider à « réparer » notre attention : la sophrologie.

Passé quelques minutes, l’esprit s’évade, s’éparpille, se perd

Crise de la concentration focus

Et si le problème n’était pas votre concentration… Mais le monde dans lequel vous essayez de vous concentrer ? Vous relisez plusieurs fois cette page de votre polar ? Vous décrochez rapidement au milieu d’une conversation qui s’éternise un peu ? Alors vous avez peut-être des problèmes d’attention et de concentration, une problématique qui traverse l’ensemble de la société.

À titre d’exemple, aux États-Unis, les enseignants en cinéma ont de plus en plus de mal à montrer des films en entier à leurs étudiants. Cette phrase qui paraît absurde reflète pourtant une crise de l’attention qui touche l’écrit comme le visuel.

Un phénomène qui nous concerne tous quel que soit notre âge

Les jeunes sont particulièrement touchés, et pour cause, ils n’ont pas connu le monde sans ce défilé discontinu d’images, d’informations venant de toutes parts. Accros aux vidéos courtes qu’ils peuvent visionner à n’importe quel moment puisque le support, généralement le smartphone, est toujours à portée de main, les ados et jeunes adultes ont perdu l’habitude du temps long.

Mais à bien y regarder, nous sommes tous concernés, quel que soit notre âge. Nous sommes globalement de moins en moins patients, immergés dans une société ultra consumériste qui nous a habitués à avoir tout tout de suite et où nous sommes inquiets à l’idée de passer à côté d’une info soit disant essentielle.

Si ce constat est un peu inquiétant, c’est que l’attention longue est indispensable à l’apprentissage, à l’analyse et à la compréhension en profondeur.

On pointe souvent les jeunes du doigt. Mais regardez-vous une seconde : quand avez-vous regardé un film entier… Sans toucher votre téléphone ?

L’économie de l’attention valorise le court, l’instantané

Le problème, ce n’est pas vous. C’est un système entier qui capte, fragmente et détourne votre attention. Au fil des années et des évolutions technologiques, notre environnement cognitif s’est profondément transformé. Les notifications, le torrent ininterrompu d’informations et le multitâche permanent ont modifié nos habitudes mentales et entraîné une fragmentation de notre attention. Le résultat : aujourd’hui, notre capacité d’attention moyenne serait de 8 secondes, contre 12 à l’orée des années 2000, selon une étude menée par Microsoft. 8 secondes. Moins qu’un poisson rouge.

Ce changement est encore amplifié par l’augmentation du niveau de stress et par le manque de sommeil qui caractérisent notre époque. Plusieurs études montrent un lien clair entre usage massif du smartphone, dégradation de la qualité du sommeil et fatigue cognitive. Or, on le sait, le stress comme le manque de sommeil affectent l’attention, la mémoire et la capacité d’apprentissage (pour en savoir plus sur l’importance du sommeil, vous pouvez lire l’article de Scarlette sur le sujet).

Des répercussions sur la santé individuelle et collective

Quel que soit notre âge, cette tendance doit nous questionner, parce qu’elle impacte fortement plusieurs sphères :

  • La sphère éducative : Sans attention soutenue, les apprentissages et la compréhension profonde reculent et le fait de lire, d’écrire, d’analyser, deviennent plus difficiles. On peut évoquer notamment l’augmentation des diagnostics de TDA/H (Troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité), chez les enfants comme chez les adultes.
  • La sphère sociale : L’hyper connexion fragmente notre présence aux autres et favorise une forme d’isolement « réel » face à une déferlante de liens virtuels (nos liens sociaux se modifient, Scarlette en avait parlé dans l’article consacré à la catch-up culture).
  • La sphère culturelle et citoyenne : Une société qui n’est plus capable de soutenir un effort intellectuel et cognitif sur la durée s’expose aux contenus simplistes et manipulatoires. Le journaliste Johann Hart, qui a mené une vaste enquête sur le sujet, établit même un lien clair entre la crise de l’attention et la crise démocratique actuelle. Selon lui, quand l’attention diminue, notre capacité à résoudre des problèmes diminue aussi, tout comme notre capacité à réfléchir, ce qui impacte le fonctionnement de la société dans son ensemble.
Crise de la concentration femme fatiguée
  • La sphère de la santé : On pense bien sûr à la santé physique, avec une activité physique en chute libre, notamment chez les jeunes. Le lien entre l’augmentation des temps d’écrans et la hausse de l’obésité est clairement établi. Un nouveau mot est même apparu : l’infobésité, qui désigne la surcharge d’informations et la difficulté à y faire face, qui n’est pas sans risque pour notre santé qu’elle soit physique ou mentale.

Car notre santé mentale est elle aussi fortement impactée par cet environnement ultra « sollicitant ».

En effet, avec des sources de divertissement toujours plus nombreuses, il faut lutter pour rester concentré sur ses objectifs, pour se tourner vers soi, puis vers les autres.

Nous l’avons toutes expérimenté : un soir où le blues s’invite, plutôt que de réfléchir à ce qui ne va pas et aux solutions éventuelles ou de faire une activité qui va nous aider, on va scroller sur son portable. Comme si le fait de visionner des chatons pouvait soigner notre anxiété (peut-être sur le moment, mais pas sur le fond…).

L’attention a désormais des airs de superpouvoir

Ce déluge d’informations, de notifications, de sollicitations auquel nous sommes soumis entraîne une fatigue informationnelle, confirmée par les études. En 2022, une étude de la Fondation Jean Jaurès rapportait que 53% des Français déclaraient souffrir de ce nouveau type de fatigue.

Autre chiffre qui interpelle : d’après une étude de Matthew A. Killingsworth et Daniel T. Gilbert, deux psychologues de Harvard, nous passerions 46,9 % de notre temps à penser à autre chose que ce que nous sommes en train de faire.

Au-delà de la mise en place de stratégies pour ne pas se laisser submerger par les sollicitations incessantes, nous pouvons nous demander comment « rééduquer » notre attention.

Certaines activités, comme la pratique du sport, de la méditation, d’une activité artistique ou encore de la sophrologie permettent d’entraîner nos capacités cognitives à maintenir notre concentration volontaire.

Contrairement à ce que l’on croit, il ne s’agit pas de faire plus. Mais de revenir à quelque chose de beaucoup plus simple. Votre corps, respiration et présence.

Votre rédactrice étant sophrologue, Scarlette vous propose un focus sur l’utilité de la sophrologie dans ce contexte.

Pratiquer la sophrologie pour « réparer » la connexion à soi

Commençons par un petit rappel de ce qu’est la sophrologie, ou plutôt de ce qu’elle n’est pas. Elle n’est pas une simple technique de relaxation ou de bien-être, contrairement à certaines idées reçues.

Concrètement, la sophrologie agit là où tout se joue : entre votre corps, votre cerveau et vos émotions. La sophrologie est une méthode psychocorporelle fondée sur l’intéroception (capacité à percevoir les signaux provenant de l’intérieur de notre corps) consciente et volontaire. Créée dans les années 1960 par le neuropsychiatre colombien Alfonso Caycedo, cette pratique vise à restaurer l’équilibre corps-cerveau en agissant sur les mécanismes de régulation du stress, des émotions et de l’adaptation cognitive. Elle s’appuie sur des exercices de conscience corporelle, d’évocation et de respiration consciente, intégrant aujourd’hui des principes issus des neurosciences.

Les trésors de la plasticité cérébrale

Derrière ces termes un peu techniques, il y a une réalité très simple : votre cerveau peut réapprendre à se concentrer. La sophrologie va mettre en lumière les interactions entre le corps, le cerveau et les émotions en s’appuyant sur :

  • L’intéroception : le développement de la conscience de notre corps permet d’influencer directement la régulation des émotions et la perception de soi.
  • La répétition des exercices : L’entraînement joue un rôle majeur en sophrologie. En effet, l’apprentissage par la répétition vient renforcer les circuits neuronaux et favorise l’ancrage de nouvelles habitudes cognitives et comportementales.
  • Le rééquilibrage neurovégétatif : La respiration consciente et les exercices de conscience corporelle aident à la régulation des systèmes sympathique (système qui prépare le corps à réagir en cas de stress ou d’urgence) et parasympathique (le système parasympathique a, à l’inverse, un effet apaisant sur le corps, abaissant notamment la fréquence cardiaque). On peut donc agir directement sur les réponses physiologiques au stress.
  • L’évocation sensorielle : la méthode sophrologique s’appuie aussi sur une mobilisation multisensorielle qui permet une intégration plus profonde des expériences vécues. En sophrologie, tout ce que nous sommes amenés à évoquer (un souvenir, une projection future, un objet, soi-même) l’est par le prisme de nos sens. Ces derniers sont de précieux alliés pour entraîner notre attention et notre concentration (l’immersion dans la nature peut également être d’une aide précieuse, à la fois pour l’apaisement et l’attention, vous pouvez d’ailleurs relire le papier de Scarlette sur le Sylvatorium du Capucin, au Mont-Dore).
Crise de la concentration femme qui sent une fleur

Deux exercices courts à pratiquer sans modération

Avant de vous tourner, éventuellement, vers la sophrologie, vous pouvez déjà pratiquer deux petits exercices très simples lorsque vous sentez que votre attention se fait la malle.

Se concentrer sur son corps et sa respiration

Scarlette vous avait déjà vanté les bienfaits de la respiration contrôlée dans l’article « La respiration, un super-pouvoir à notre portée »). C’est sans doute la façon la plus simple de faire revenir l’attention : revenir à notre intérieur.
Imaginez, vous êtes au travail, et vous n’arrivez pas à vous concentrer sur ce dossier que vous devez pourtant régler dans la journée. Pas de panique.
Levez-vous de votre chaise (le simple mouvement du corps va déjà créer un changement). Mettez-vous debout, les pieds bien ancrés au sol et fermez les yeux pour vous tourner vers vous-même et couper le lien avec l’extérieur.
Prenez quelques secondes pour sentir la présence de votre corps (sentir les pieds au sol, si besoin faire des micro-mouvements pour sentir chaque partie de vous-même). Puis concentrez-vous sur votre respiration. Prenez conscience que vous respirez (ce qui est bon signe), sans chercher à modifier quoi que ce soit.

Puis, sur quelques cycles respiratoires, comptez les temps d’inspiration et d’expiration. Vous allez ainsi reprendre la main et ramener tranquillement votre attention ici et maintenant.
À refaire aussi souvent que souhaité dans la journée ! En quelques secondes, quelque chose change. Le bruit diminue. Et vous revenez, doucement, à vous.

Crise de la concentration femme dans la nature

Évoquer une image qui vous apaise

Autre piste pour ramener l’attention. Reprenons notre exemple au travail. Après vous être levée, vous pouvez rester debout ou vous asseoir et faire l’exercice précédent, prendre conscience de votre corps et de votre respiration.

Puis, vous pouvez penser à un lieu, une activité, un souvenir, qui vous apaise, qui vous fait du bien. Et une fois que votre choix est fait, mettez tous vos sens en action. Qu’est-ce que vous voyez, entendez, sentez, goûtez, touchez ? Soyez également attentive à vos sensations : qu’est-ce que je ressens dans mon corps, dans ma tête ? Puis laissez repartir tranquillement votre « image », reprenez contact avec votre corps, votre respiration, et ouvrez les yeux pour reprendre le cours de votre journée. Ce moment ne dure que quelques instants. Mais il suffit parfois à remettre de l’ordre là où tout s’était dispersé.

Notre attention est un bien précieux, dont nous devons prendre soin. À l’heure où notre attention est continuellement sollicitée, être capable de la préserver n’est plus un atout, mais une nécessité.

La bonne nouvelle, c’est que cette attention peut se rééduquer. Nous avons ce pouvoir : celui de ralentir, de nous recentrer, de reprendre le contrôle. Cela demande quelques ajustements, un peu de régularité, parfois un changement d’habitudes. Mais les bénéfices sont immenses : une meilleure concentration, un apaisement mental, et surtout, la sensation de revenir pleinement à soi.

Car au fond, préserver son attention, ce n’est pas seulement mieux se concentrer. C’est refuser de se laisser happer en permanence. Et choisir, enfin, d’être vraiment là.

Pour aller plus loin

Podcasts :

À lire :

Contact utile : Sophie Taillard Sophrologue et rédactrice chez Scarlette Magazine. Instagram : @sophie_sophro_63www.sophie-taillard.fr/

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