Alcool chez les femmes : ce que le film Garance révèle

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Dans Garance, présenté en compétition au Festival de Cannes 2026, Jeanne Herry filme la descente alcoolisée d’une jeune comédienne interprétée par Adèle Exarchopoulos. Au‑de-là du portrait de femme, le film met en lumière un tabou très contemporain : l’alcool chez les femmes, omniprésent dans les soirées et pourtant entouré de silence et de malaise.

Garance ressemble à beaucoup de femmes d’aujourd’hui : elles ne montent pas les marches de Cannes, mais jonglent avec les réunions, la charge mentale, les nuits blanches… et parfois ces verres de vin qui servent à tenir, oublier ou anesthésier.

Alcool au féminin : ce que montre vraiment « Garance »

Garance est une jeune actrice parisienne, en situation de précarité, épuisée, qui tente de concilier travail, vie affective compliquée et maladie d’une sœur qu’elle adore. L’alcool s’invite d’abord comme un simple figurant : une coupe après la répétition, un verre entre amis, une bouteille partagée à la va‑vite en cuisine.

Puis il s’installe doucement au centre du cadre : on boit pour décompresser, pour se donner du courage, pour rendre les soirées plus supportables, pour calmer une angoisse qu’on ne sait pas dire autrement. Peu à peu, l’ivresse devient un décor de fond, tellement familière qu’on ne la remarque presque plus.

Ce qui fait froid dans le dos, c’est à quel point ce quotidien ressemble au nôtre :

  • les pots au bureau « où ça fait rabat‑joie de refuser » ;
  • les apéros entre amis « où tout le monde amène une bouteille » ;
  • les soirées où l’on rit de celle qui est « déjà bien bourrée », sans jamais parler de ce qui se joue vraiment derrière ces excès.

Pourquoi l’alcool est plus toxique pour les femmes ?

En France, la consommation d’alcool des femmes se rapproche de plus en plus de celle des hommes, notamment chez les jeunes. Sauf qu’en matière de santé, l’égalité n’existe pas.

À quantité égale, les femmes paient plus cher :

  • elles atteignent l’ivresse plus rapidement, parce que leur corps ne métabolise pas l’alcool de la même façon 
  • les complications arrivent plus tôt : foie qui dysfonctionne, mémoire qui flanche, moral en berne, cœur fragilisé, augmentation du risque de cancer du sein 
  • les conséquences psychosociales sont souvent plus lourdes : violences subies, perte d’estime de soi, stigmatisations (« mauvaise mère », « femme qui ne se tient pas »).

Traumatisme, anxiété, charge mentale : ce que l’alcool vient anesthésier

On réduit souvent l’alcool à « faire la fête », alors que, chez beaucoup de femmes, boire commence ailleurs.

Parmi les terrains favorisant un rapport compliqué à l’alcool, on retrouve plus souvent :

  • des traumatismes, en particulier sexuels ou liés à des parcours gynéco‑obstétricaux violents 
  • des violences conjugales, économiques ou au travail 
  • des troubles anxieux et dépressifs, parfois anciens 
  • des troubles du comportement alimentaire 
  • une charge mentale familiale et professionnelle qui ne baisse jamais.

Boire, dans ce contexte, ce n’est pas « aimer trop l’alcool », c’est parfois la seule manière trouvée pour faire taire une anxiété, une honte, une fatigue chronique, un sentiment de ne jamais être « assez ». On parle encore trop peu d’alcoolorexie, cette pratique qui consiste à manger moins pour « garder des calories pour l’alcool » et ressentir plus vite l’ivresse, en particulier chez des jeunes femmes sous très forte pression esthétique.

Cette pression permanente autour de la performance, de la maternité ou du quotidien nourrit aussi certains phénomènes plus invisibles, comme celui des « wine moms ». Ces mères qui banalisent l’alcool comme exutoire face à l’épuisement. Nous en parlions déjà dans notre article sur le phénomène des wine moms.

Ce que l’on regarde enfin en face

Longtemps, quand on parlait d’alcool et de femmes, on pensait surtout grossesse et risque pour le bébé. On oubliait tout le reste de leur vie.

Aujourd’hui, on commence enfin à dire autre chose :

  • l’alcool est un sujet de santé pour toutes les femmes, à tous les âges, qu’il y ait ou non un projet de grossesse ;

Les femmes ne sont pas « plus fragiles » par nature, mais elles cumulent plusieurs facteurs : un corps qui encaisse moins bien l’alcool, et un regard social plus dur, fait de jugement, de honte et de tabous. Beaucoup finissent par boire en cachette, en craignant d’être stigmatisées, jugées comme de « mauvaises mères » ou même de perdre la garde de leurs enfants, ce qui contribue à retarder encore le moment où elles consultent.

Comment savoir si ma consommation d’alcool est problématique ?

En se posant quelques questions simples :

  • Est‑ce que je dépasse régulièrement les repères (10 verres standards par semaine, 2 par jour, des jours sans, en dehors d’une situation de grossesse) ?
  • M’arrive‑t‑il de boire seule pour gérer mes émotions (stress, tristesse, colère, ennui) ?
  • Ai‑je déjà minimisé ou caché ce que je bois, à moi‑même ou à mes proches ?
  • Des proches se sont‑ils inquiétés de ma consommation ?
  • L’idée de diminuer ou d’arrêter m’angoisse ou me semble impossible ?

Si vous avez répondu « oui » à au moins une de ces questions, c’est un signal. Un appel à prendre soin de soi. Et il n’est jamais trop tôt pour en parler, ni trop tard pour changer quelque chose.

Où trouver de l’aide quand on est une femme et qu’on s'inquiète de sa consommation d'alcool ?

Si vous vous reconnaissez un peu dans Garance, ou dans ces questions, vous n’êtes pas la seule – et vous n’êtes pas condamnée à « gérer ça toute seule ».

Plusieurs portes existent :

  • votre médecin traitant, qui peut faire un premier point, proposer des examens, vous orienter vers un médecin addictologue ou une structure spécialisée ;
  • les centres de soins en addictologie (CSAPA), gratuits, où travaillent des équipes habituées à accompagner les femmes, avec leurs histoires, leurs contraintes et leurs peurs ;
  • des groupes de parole ou d’entraide, parfois réservés aux femmes, où l’on peut parler d’alcool sans être réduite à « une étiquette », sans être jugée.
  • Des lignes d’écoute pour parler de l’alcool en toute confidentialité comme Alcool Info Service au 0 980 980 930, 7j/7, de 8h à 2h. L’appel est anonyme et non surtaxé.

L’important, c’est de ne plus être seule face à la bouteille. On peut rechuter, ajuster, recommencer, et malgré tout avancer. Garance le rappelle avec force : derrière chaque histoire d’alcool, il y a d’abord une histoire de femme. Et cette histoire mérite qu’on la regarde autrement, avec moins de jugement et beaucoup plus de soin.

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