Le français serait-il devenu une “novlangue” incompréhensible ? Entre le point médian qui crispe, “iel” qui agace, les anglicismes qui déboulent et les “wesh” qui s’invitent partout, la langue ressemble parfois à un champ de bataille générationnel. Et pourtant, spoiler : elle n’a jamais été aussi vivante.
Scarlette vous propose un décryptage (sans panique, promis) de ces nouvelles manies lexicales qui pourraient plomber l’ambiance chez Mamie aux prochaines vacances.
Chaque année, des centaines de nouveaux mots font leur entrée dans les dictionnaires. Entre les anglicismes (cringe, ghoster), les néologismes (déconfinement, merci 2020) et le langage urbain (wesh, seum, wallah), le français ressemble de plus en plus à une playlist collaborative.
Et franchement, ce n’est pas nouveau. Déjà au XVIe siècle, François Rabelais s’amusait à inventer des mots et à tordre la langue dans tous les sens. À l’époque, personne ne criait à la fin du français. Aujourd’hui ? Si.
“Novlangue” : le mot qui fait peur (mais pas toujours pour les bonnes raisons)
Dès qu’un mot nouveau apparaît — iel, (il et/ou elle) par exemple — le terme “novlangue” surgit, brandi comme un signal d’alarme.
Petit rappel : la novlangue, concept imaginé par George Orwell dans 1984, désigne une langue appauvrie destinée à limiter la pensée.
Ironie du sort : aujourd’hui, on l’utilise pour critiquer… Une langue qui se diversifie. En 2021, l’entrée du mot “iel” dans Le Robert avait déclenché plusieurs semaines de débats politiques et médiatiques.
“Iel” ? C’est un pronom utilisé par certaines personnes pour sortir du masculin/féminin. Est-ce que ça bouscule ? Oui. Est-ce que ça empêche de comprendre une phrase ? Pas vraiment. Et surtout, personne ne vous oblige à l’utiliser dans votre liste de courses.

Le point médian : ce petit signe qui rend tout le monde fou
S’il fallait désigner un coupable officiel des tensions linguistiques, ce serait lui : le point médian. Les étudiant·es, les salarié·es…
Pour certain·es, c’est un progrès. Pour d’autres, une agression visuelle. « Avez-vous pensé aux dyslexiques ? ».
Sauf que réduire l’écriture inclusive à ce petit point, c’est un peu comme résumer la mode aux crocs : ça existe, mais ce n’est pas toute l’histoire.
Des alternatives simples existent : les femmes et les hommes ; le personnel ; les équipes… En France, plusieurs circulaires de l’Éducation nationale ont d’ailleurs tenté d’encadrer son usage à l’école ces dernières années. Du côté des entreprises, certaines l’utilisent désormais dans leurs mails internes. D’autres l’interdisent encore totalement.
Même CARE France, qui milite pour une communication plus inclusive, insiste sur un point clé : la lisibilité passe avant tout.
Aya, TikTok et la génération “six-seven”
Pendant que certains débattent du point médian, d’autres… parlent déjà une autre langue. Entre les lyrics de Aya Nakamura, les expressions TikTok et les codes de la génération alpha (“six-seven”, mélange de chiffres et d’argot pour dire “stylé” ou “validé”), le français se transforme à vitesse grand V.
Ajoutez à ça : wesh (bonjour version street), seum (frustration maximale), wallah (promesse version solennelle), et vous obtenez une langue… en pleine créolisation. Un joyeux mélange d’influences culturelles, sociales et numériques dont personne ne peut prédire où elle va s’arrêter de changer…
Et devinez quoi ? On se comprendra toujours, quoi qu’il advienne, frère !
«Djadja» d'Aya Nakamura est devenu une des expressions fétiches des jeunes générations. Elle est malienne et désigne un menteur, qui parle trop et embellit la réalité. La chanson éponyme, sortie en 2018, explose les records avec plus d'un milliard de vues sur YouTube.
Le Figaro Tweet
Le vrai sujet : qui décide de la “bonne” façon de parler ?
Derrière les débats linguistiques se cache une question plus profonde : qui a le pouvoir de définir la norme ? Les institutions ? Les académies ? Les médias ? Ou les gens, tout simplement, qui parlent, écrivent, inventent ?
Historiquement, la langue a toujours été façonnée par ses usages. Pas par décret. Et aujourd’hui, entre inclusion, diversité et nouvelles identités, elle reflète un monde… plus complexe qu’avant. Forcément, ça frotte un peu les récits et ça pique les oreilles de certain.e.s.
On respire : on peut évoluer sans s’étriper
Alors oui, “iel” peut surprendre. Oui, le point médian peut fatiguer. Oui, “six-seven” peut donner l’impression d’avoir 100 ans. Mais au fond, on parle toujours la même langue, à trois nuances près. Cette langue qui a toujours changé, qui s’adapte, qui emprunte, qui mélange et qui VIT !
Et plutôt que de s’écharper à chaque nouveauté, on pourrait peut-être faire un truc révolutionnaire : écouter, tester, comprendre… ou simplement ignorer sans mépris. On a été jeune et nous aussi avions nos propres codes linguistiques, d’appartenance. Je me souviens que ma grand-mère parlait en Patois avec ses copines, je parlais en anglais avec le père de mes enfants. À tout moment, on a tous besoin d’un code… à partager.
Le français n’est peut-être pas en train de mourir. Il est surtout en train de révéler qui accepte — ou non — que le monde change
FAQ : survivre à l’écriture inclusive sans lever les yeux au ciel
“Iel” est un pronom utilisé par certaines personnes qui ne se reconnaissent pas dans “il” ou “elle”, ou qui souhaitent un terme neutre. Dit comme ça, ça peut sembler déroutant — surtout parce qu’on ne l’a pas appris à l’école. Solution simple : ne pas forcer son usage, mais le comprendre. Et dans un texte grand public, on peut très bien contourner avec des formulations comme la personne, les individus, ou reformuler la phrase. Résultat : tout le monde comprend, sans crispation inutile.
Le fameux employé·es est devenu le symbole du débat… alors qu’il est optionnel. Oui, il peut gêner à la lecture pour certain·es. Donc, bonne nouvelle : on peut faire sans. Alternatives faciles : écrire les employés et les employées, ou mieux encore le personnel. C’est fluide, lisible, et personne ne fait une syncope.
Seulement si on en abuse comme d’un filtre Instagram en 2012. L’idée, ce n’est pas de surcharger chaque mot, mais d’adapter selon le contexte. Dans un roman ? On allège. Dans un rapport ? On précise. Bref, on respire.
Règle d’or : privilégier la clarté.
Si le point médian complique → on écrit les deux mots
Si “iel” bloque → on reformule
Si une phrase devient lourde → on simplifie

