Le Mois des Fiertés, ce ne sont pas que des marches multicolores aux quatre coins du monde. La démarche est bien plus profonde. Bien sûr qu’il s’agit d’une célébration, mais il s’agit surtout de résister, de défendre, d’exister.
Le Mois des Fiertés est né des émeutes de Stonewall à New York en 1969, à la suite d’une énième descente de police dans un des rares bars gay de la ville. Les arrestations ont déclenché plusieurs jours de révolte contre les violences policières et les discriminations. Le Mois des Fiertés est aussi l’héritage de celles et ceux qui, pendant des décennies, ont dû cacher qui ils étaient, aimer en silence et vivre dans la peur du regard des autres.
Mais derrière les paillettes, les chars et les confettis, il existe une autre réalité. Une réalité qui rappelle que si les droits ont avancé, la peur et l’injustice, elles, n’ont pas complètement reculé.
De premières victoires que l’on aurait tort d’oublier
« Le mariage pour tous, c’était 2013. Le retrait de la transidentité de la liste des maladies mentales, c’était 2019. C’était hier ! », rappelle Florent, habitant du Puy-en-Velay. Une Histoire finalement très récente. Mais malgré tout, un joli chemin parcouru. Parce qu’il fut un temps où l’homosexualité était considérée comme une maladie. Un temps où les couples de même sexe ne pouvaient ni se marier, ni adopter. Et un temps, parfois malheureusement encore d’actualité, où parler de son orientation sexuelle pouvait coûter un emploi, une famille ou une réputation.
Heureusement, des choses ont changé. Le PACS est arrivé. Puis le mariage pour tous. La PMA a été élargie aux couples de femmes et aux femmes seules. Les thérapies de conversion ont été interdites. Des personnalités LGBTQIA+ occupent désormais l’espace médiatique, culturel et politique. Des avancées qui étaient encore impensables il y a encore quelques décennies. Et qui le reste aujourd’hui encore dans certains esprits. Alors oui, les lignes bougent. Mais la peur n’a pas encore totalement disparu.
Quand les droits avancent, mais que la violence persiste

Les insultes aussi continuent de faire partie du quotidien de nombreuses personnes LGBTQIA+. « J’ai eu droit à tapette, tafiole, pédé, pédale… Que de jolis noms d’oiseau, énumère Florent. Mais tant que deux personnes du même sexe ne pourront pas se tenir la main sans vérifier où elles sont et qui se trouve autour d’elles, il restera du chemin à parcourir », résume-t-il.
Il suffit parfois d’ouvrir un journal, d’allumer son écran de télévision, ou ses réseaux sociaux pour comprendre que ces évolutions n’effacent pas tout. Dans son dernier rapport, SOS Homophobie alerte sur la banalisation de discours hostiles aux personnes LGBTQIA+ et sur un climat qui nourrit toujours discriminations et violences. L’association constate que les agressions physiques surviennent encore très souvent dans l’espace public.
Et ce pas plus tard que le 30 mai dernier à Metz, où Noahm, un jeune homme gay de 19 ans est décédé après une violente agression en plein centre-ville. À Metz cette année, la Marche des Fiertés avait inévitablement une dimension d’hommage comme le titre Le Monde et le cœur lourd.
Derrière les statistiques, il y a bien des visages. Les agressions homophobes continuent. Les insultes, les menaces, les coups, les homicides… et la peur. En résulte, des adolescents qui hésitent encore à en parler autour d’eux. De jeunes adultes qui regardent derrière eux et pressent le pas en rentrant le soir. Des personnes trans’ qui expliquent devoir sans cesse justifier leur existence. Et il y a tous ceux qui vivent (survivent) dans l’ombre, fatigués. Convaincus que leur voix ne pourra de toute façon rien changer.
Des modèles, du dialogue et des esprits qui s'ouvrent de plus en plus
Par ailleurs, heureusement, il se passe encore de belles choses. Une génération entière qui grandit avec des modèles qui n’existaient pas auparavant : des artistes, des influenceurs, des sportifs, des politiques, mais aussi des séries, des films… Bref. Des personnalités publiques qui parlent ouvertement de leur identité. Cela ne résout pas tout, bien sûr. Mais cela change quelque chose d’essentiel : la possibilité de se reconnaître quelque part. D’imaginer un avenir. Et surtout de se sentir compris et moins seul.

"Aucune de nous deux n’a été directement victime d’oppression ou de menaces. À l’inverse, il nous arrive de temps en temps de recevoir des compliments sur notre couple lorsqu'on s'affiche en public. C'est peut-être plus dur pour les couples d'hommes. »
Juliette et Aurore, de Périgueux
Toutes les deux travaillent dans l’Éducation nationale et observent une parole plus libre qu’autrefois. « Ce n’était pas du tout le cas quand j’étais moi-même au collège », explique l’une d’elles. Les modèles se multiplient, les discussions s’ouvrent et certains établissements profitent désormais du Mois des Fiertés pour organiser des débats, des expositions ou des temps d’échange Des initiatives modestes parfois, mais qui contribuent à rendre visible ce qu’hier était tu.
Le Mois des Fiertés pour se sentir moins seul et cultiver la liberté
Sur les réseaux sociaux comme dans les Marches des Fiertés, beaucoup de jeunes racontent d’ailleurs que leur premier sentiment n’est pas la revendication. Mais le soulagement. Celui de rencontrer enfin des personnes qui leur ressemblent.
« Se retrouver au sein de la communauté, ça fait du bien. Dans ces moments-là, quand tu es entouré, tu n’as pas l’impression que ça dérange. Tu es à ta place. Ça reste une safe place », confie Florent qui a participé à de nombreuses Gay Prides à travers le monde : Lyon, Toronto, Amsterdam, ou encore New York pour les 50 ans des émeutes de Stonewall !
A quoi sert encore la Pride en 2026 ?

Mais alors puisqu’on a obtenu des droits, pourquoi continuer ? Les avancées législatives sont essentielles. Elles protègent. Elles reconnaissent. Elles permettent à des milliers de personnes de vivre plus librement. Mais elles ne suffisent pas toujours à faire évoluer les mentalités au même rythme. Le mariage pour tous est devenu une réalité juridique en France il y a plus de dix ans. Pourtant, il continue de susciter des oppositions virulentes. Comme si certaines batailles n’étaient jamais tout à fait terminées. Car si une loi peut changer un texte, elle ne change pas instantanément les regards.
Les droits ouvrent des portes. Mais ils ne suffisent pas toujours à faire entrer tout le monde dans la pièce. C’est sans doute là que réside la véritable mission des Fiertés : rappeler que l’égalité ne se mesure pas seulement dans les textes de loi, mais aussi dans la capacité d’une société à accepter que l’autre puisse vivre, aimer et exister autrement que soi.
La fierté, mais surtout la liberté comme horizon
Au fond, la Pride ne raconte pas seulement l’histoire des personnes LGBTQIA+. Elle raconte quelque chose de beaucoup plus universel : le besoin d’être accepté tel que l’on est, de vivre sans avoir à s’excuser d’exister, et d’aimer librement sans avoir peur.
« Participer à une Marche des Fiertés, c’est aujourd’hui peut-être plus festif que revendicatif. Mais c'est aussi une manière de penser à tous les pays où ces manifestations ou ces orientations sexuelles restent interdites »
Juliette et Aurore, Périgueux
Derrière les drapeaux arc-en-ciel, il y a des victoires, des blessures parfois, et surtout beaucoup de courage. Le Mois des Fiertés continue de rappeler une chose essentielle : la liberté n’est jamais totalement acquise, elle se cultive.
Et tant qu’il restera des personnes contraintes de cacher qui elles sont pour être acceptées, la Pride aura encore toute sa place. Parce qu’au fond, chacun devrait pouvoir vivre, aimer et avancer sous le même soleil sans avoir à demander la permission.

