Adolescents : pourquoi l’été peut aussi être une période de fragilité

santé mentale des adolescents

L’été est souvent associé aux vacances, à la liberté, aux longues journées ensoleillées et aux retrouvailles en famille. Pourtant, cette période n’est pas synonyme de bien-être pour tous. Lorsque les établissements scolaires ferment leurs portes, certains adolescents perdent aussi des repères essentiels : un rythme de vie structuré, leurs amis, parfois un adulte de confiance à qui parler ou un professionnel capable de repérer les premiers signes d’un mal-être.

À la suite d’un communiqué de presse de l’AFORPEL (Association pour la Formation et la Promotion de l’État Limite), relayant les dernières données de la DREES et de l’Observatoire national du suicide, une réalité inquiétante s’impose : les tentatives de suicide chez les adolescentes atteignent aujourd’hui un niveau jamais observé en France. Entre 2020 et 2021, les hospitalisations pour tentative de suicide ont augmenté de 56 % chez les jeunes filles de 10 à 19 ans, tandis que les hospitalisations psychiatriques continuent de progresser chez les plus jeunes. Des chiffres qui interpellent et rappellent l’importance de rester attentif à la souffrance psychique des adolescents.

Les derniers chiffres rappellent à quel point la santé mentale des adolescents est aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique.

Ce n’est pas parce que le soleil brille que la souffrance disparaît.

Bien au contraire, les vacances peuvent parfois accentuer le sentiment de solitude, les conflits familiaux ou encore l’impression d’être déconnecté des autres. L’été peut alors devenir un moment privilégié pour observer, écouter et maintenir le dialogue avec nos adolescents.

Une souffrance psychique en constante progression

Les données publiées ces derniers mois sont préoccupantes. Les adolescentes représentent désormais près des deux tiers des hospitalisations liées à un geste auto-infligé. Les troubles anxieux, les épisodes dépressifs et les conduites suicidaires augmentent depuis plusieurs années, avec une accélération particulièrement marquée depuis la crise sanitaire.

Pour autant, il serait réducteur de chercher une explication unique. Les réseaux sociaux, le harcèlement, les violences sexistes, la pression scolaire, les inquiétudes liées à l’avenir, les difficultés familiales ou encore certaines vulnérabilités psychologiques peuvent s’accumuler jusqu’à rendre la souffrance difficile à supporter.

Une crise suicidaire est rarement provoquée par un seul événement. Elle résulte le plus souvent d’une accumulation de difficultés auxquelles le jeune ne parvient plus à faire face.

Pourquoi les filles semblent-elles davantage concernées ?

Les statistiques montrent que les adolescentes réalisent davantage de tentatives de suicide et présentent plus fréquemment des troubles anxieux ou dépressifs.

Cela ne signifie pas pour autant que les garçons souffrent moins.

Les recherches montrent plutôt que la souffrance psychique ne s’exprime pas de la même manière, sous l’influence de facteurs biologiques, psychologiques, familiaux et sociaux.

Les filles ont davantage tendance à intérioriser leur mal-être. Celui-ci peut se traduire par une anxiété importante, une dépression, des scarifications, des troubles du comportement alimentaire ou des tentatives de suicide.

Les garçons, eux, expriment plus souvent leur souffrance de manière plus visible : comportements agressifs, consommation d’alcool ou de drogues, prises de risques, décrochage scolaire, violences ou conduites impulsives.

Autrement dit, ils ne vont pas forcément mieux. Ils vont souvent mal… autrement.

Cette différence est essentielle, car elle influence aussi le repérage. Une adolescente qui pleure fréquemment ou verbalise sa détresse sera plus facilement identifiée comme étant en souffrance. À l’inverse, un garçon devenu agressif, provocateur ou particulièrement renfermé risque parfois d’être considéré uniquement comme « difficile », alors que ces comportements peuvent masquer une véritable détresse psychique.

Les réseaux sociaux ne sont pas les seuls responsables

Ils sont souvent désignés comme les principaux coupables. La réalité est pourtant plus nuancée. Les réseaux sociaux peuvent accentuer une vulnérabilité déjà présente en favorisant les comparaisons permanentes, l’exposition à des modèles irréalistes, le cyberharcèlement ou encore la peur d’être exclu. Mais ils ne créent pas, à eux seuls, une souffrance psychique.

Pour certains adolescents, ils représentent aussi un espace d’expression, de soutien ou de socialisation, notamment lorsqu’ils traversent une période d’isolement.

Le véritable enjeu réside davantage dans la manière dont les réseaux sociaux s’ajoutent à d’autres difficultés déjà existantes. Lorsqu’un adolescent est fragilisé par des tensions familiales, du harcèlement, une faible estime de lui-même ou une anxiété importante, ils peuvent agir comme un amplificateur plutôt que comme la cause unique de son mal-être.

L'adolescence, une période de grands bouleversements

L’adolescence est une période de profonds changements, au cours de laquelle chacun construit peu à peu son identité.

Le corps évolue, les émotions deviennent plus intenses, les relations prennent une place considérable et les premières expériences amoureuses, les conflits ou les déceptions peuvent être vécus avec une intensité que les adultes oublient parfois.

Le cerveau poursuit lui aussi son développement, notamment les régions impliquées dans la régulation des émotions, la gestion des impulsions et la prise de décision. C’est pourquoi les réactions d’un adolescent peuvent parfois sembler démesurées aux yeux des adultes, alors qu’elles traduisent un vécu émotionnel bien réel.

Ce qui peut paraître anodin pour un parent peut représenter, pour un adolescent, une véritable catastrophe émotionnelle.

C’est pourquoi minimiser sa souffrance avec des phrases comme « ce n’est qu’une histoire de collège », « tu exagères » ou « ça lui passera » risque de renforcer son sentiment d’incompréhension, de solitude et d’isolement.

Être attentif sans devenir inquiet en permanence

Il n’existe malheureusement aucun signe unique permettant de prédire une tentative de suicide.

En revanche, certains changements de comportement, lorsqu’ils s’installent pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, doivent alerter : un isolement inhabituel, une perte d’intérêt pour les activités jusque-là appréciées, des troubles importants du sommeil, des propos très dévalorisants, des scarifications, une consommation excessive d’alcool ou de drogues, ou encore le fait d’évoquer régulièrement la mort ou l’envie de disparaître.

Ces signes ne signifient pas nécessairement qu’un adolescent traverse une crise suicidaire, mais ils méritent d’être pris au sérieux et d’ouvrir le dialogue.

À l’inverse, il est important de rappeler qu’un adolescent souriant, qui sort avec ses amis ou publie des photos de vacances, peut lui aussi traverser une période de grande souffrance.

Les apparences sont parfois trompeuses.

Le rôle des adultes : écouter avant tout

Face au mal-être d’un adolescent, beaucoup d’adultes cherchent spontanément une solution ou tentent de le rassurer. Pourtant, ce dont un jeune a souvent besoin en premier lieu, c’est de sentir que sa souffrance est entendue.

  • Écouter sans minimiser.
  • Éviter les jugements.
  • Accueillir ses émotions sans chercher immédiatement à les faire disparaître.

Parfois, il suffit de lui faire comprendre qu’il peut parler librement, sans craindre d’être critiqué ou incompris. Cette disponibilité peut être le premier pas vers une demande d’aide.

Lorsque l’inquiétude devient importante ou que le mal-être semble s’installer, il ne faut pas hésiter à solliciter un médecin, un psychologue ou un autre professionnel de la santé mentale. Demander de l’aide n’est jamais un échec ; c’est au contraire une manière de protéger un jeune en difficulté.

Cet été, gardons le lien

Les chiffres publiés cette année nous rappellent une réalité parfois invisible : de nombreux adolescents traversent une souffrance silencieuse.

Si les statistiques alertent particulièrement sur les jeunes filles, elles ne doivent jamais faire oublier que les garçons peuvent eux aussi aller très mal, parfois de manière moins visible. Pendant les vacances, nous ne pourrons pas résoudre toutes leurs difficultés.

En revanche, nous pouvons leur offrir quelque chose d’essentiel : du temps, de l’écoute, de la disponibilité et la certitude qu’ils ne seront pas seuls face à leur souffrance.

Cultiver le dialogue, apprendre à écouter les émotions et instaurer des habitudes favorisant le bien-être dès le plus jeune âge sont autant de réflexes qui peuvent faire la différence. Nous abordons d’ailleurs ces bonnes pratiques dans notre article « Prévenir plutôt que guérir : 7 réflexes santé à adopter en famille ».

Parfois, une conversation sincère, un regard attentif ou le simple fait de rappeler à un adolescent qu’il peut parler sans être jugé peuvent constituer les premiers pas vers une demande d’aide. 

Parce que derrière un sourire, une colère ou un silence peuvent parfois se cacher des difficultés que l’on ne soupçonne pas, rester présent est déjà une manière de protéger. Et ces premiers pas peuvent, dans certaines situations, sauver une vie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Hydratation solide

Hydratation solide : ces aliments qui nous font boire