Il cache des robes dans son placard : se travestir, ça raconte quoi?

Parlons peu, parlons fringues. Et surtout, parlons de ce que nos vêtements disent, ou ne disent pas, de nous.
Parce que vous avez peut-être appris que votre pote Clément traînait aux Puces de Saint-Ouen à la recherche de robes de grand-mère. Et là, forcément, le cerveau s’emballe : Norman Bates ? Un rôle pour son prochain spectacle burlesque ? Une passion secrète pour les imprimés rétro ? Ou… Un goût mal assumé pour le travestissement ?
En quelques secondes, nous voilà en train de résoudre une énigme qui n’existe peut-être même pas.
Que vient-on chercher quand on emprunte les vêtements de l’autre genre ? Du plaisir ? De la liberté ? Un rôle ? Une part de soi que l’on ne montre pas d’habitude ? Et surtout, faut-il vraiment « sortir du placard » lorsqu’on s’y sent parfaitement bien ?
On a posé ces questions à Clément. Et, spoiler, il n’y avait pas forcément de mystère à résoudre.

Certains aiment se travestir dans l’intimité, sans jamais avoir envie de franchir la porte ainsi vêtue. D’autres en font un spectacle, un jeu, une forme d’art ou même un manifeste. Et entre les deux, une multitude de façons de jouer avec les codes, les apparences et son identité. On vous explique.

Travesti, crossdresser, trans : on remet les cintres dans l’ordre

Le mot « travesti » a beaucoup voyagé et, comme tous les voyageurs, il a changé un peu en route. En France, il désigne généralement une personne qui adopte, ponctuellement ou régulièrement, une apparence associée à un autre genre, sans que cela signifie nécessairement qu’elle souhaite changer d’identité de genre.
Le crossdresser ? C’est à peu près la même idée, avec un mot anglais qui donne immédiatement l’impression que Clément possède un compte LinkedIn bilingue.
Mais surtout : se travestir ne dit RIEN, à lui seul, de l’identité de genre ou de l’orientation sexuelle.
Clément peut être hétéro, homo, bi, pan, asexuel… Ou simplement ne pas avoir envie de remplir notre petit formulaire administratif intérieur. Et non, porter une robe ne fait pas automatiquement de lui une femme trans.
Une personne trans, elle, ne «joue» pas à être de l’autre genre. Elle est.

Une femme trans est une femme, un homme trans est un homme. C’est une question d’identité, pas de garde-robe.

Pourquoi Clément se travestit-il ?

La mauvaise réponse serait de chercher absolument LA raison. Pour le plaisir ? Pour se sentir beau ? Ou pour jouer ? Ressentir une liberté particulière ? Pour retrouver une partie de soi que le quotidien laisse au vestiaire ? Pour aucune raison précise ? Freud avait raison ? (fétichisme, identification sexuée)
On peut quand même dire que son envie de se travestir le soir chez lui à l’abri des regards ne renseigne pas davantage sur la sexualité de Clément que de jouer du piano ne renseigne pas sur celle du pianiste. C’est du même acabit.

Mais alors pourquoi ne sort-il pas du placard ?

C’est ici que j’aimerais tordre une idée reçue. Être dans le placard n’est pas nécessairement souffrir d’être dans le placard.
Certaines personnes souffrent de cacher une partie d’elles-mêmes et voudraient pouvoir vivre au grand jour. Pour elles, sortir du placard peut-être une véritable libération. Mais d’autres préfèrent la discrétion. Pas par honte. Pas parce qu’elles attendent de trouver le courage de «s’assumer» . Simplement parce que leur plaisir est intime. Pudique. Domestique.
Un peu comme ces vêtements improbables que l’on ne porterait pour rien au monde devant son voisin, mais dont on refuse obstinément de se séparer. Personnellement, je pourrais très bien déambuler chez moi dans un short en éponge à fleurs, deux tailles trop petit, et me trouver magnifique.
Est-ce que je descendrais ainsi chercher une baguette ? Non.
Est-ce que cela signifie que j’ai honte de mon short ? Pas du tout. Je lui accorde simplement un territoire.
Pourquoi le plaisir de se travestir serait-il forcément différent ?

Le placard n’est peut-être pas toujours une prison

Nous avons beaucoup appris à dire : «Be proud ! Sortez du placard ! Assumez-vous ! Montrez-vous ! » Et heureusement. Ces mots ont libéré énormément de personnes LGBTQIA+. Mais ils peuvent devenir une nouvelle injonction s’ils signifient qu’il faudrait forcément rendre publique chaque partie de soi.
La liberté, c’est aussi choisir ce que l’on partage.
Clément n’a peut-être pas envie d’être une drag queen. Il n’a peut-être pas envie de changer de prénom, de sortir en robe, de monter sur scène ou de raconter son histoire à un magazine féminin. Et l’aime ainsi.
Peut-être qu’il veut simplement rentrer chez lui, fermer la porte, choisir une robe à fleurs, se maquiller, se regarder dans le miroir et ressentir cette petite chose difficile à expliquer : le plaisir d’être, quelques heures, autrement.

Pas d'injonction de partager

Et pour terminer, ne soyons pas vexés si on nous cache des choses. Partager son intimité ne devrait pas être une obligation mais un choix.
Le jardin secret porte bien son nom : c’est un endroit où l’on va quand on en a envie, où l’on choisit ce que l’on montre et à qui. Et peut-être que quelques proches au courant lui suffisent. Alors laissons Clément tranquille.
Ne décidons pas à sa place de ce qu’il est. Ne transformons pas son intimité en coming-out obligatoire.
Après tout, une robe n’a pas toujours besoin d’un public. Parfois, elle a seulement besoin d’un miroir. Et d’un Clément qui, ce soir-là, se trouve sublime.

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