Elever un enfant, c’est un boulot à plein temps, un art délicat où chacun fait de son mieux. Ça, tout le monde en est conscient. Mais faut-il imposer l’éducation de ses petites têtes blondes au reste de la planète ? Un mot lâché à table. Une frite ou une tranche de jambon mangés avec les doigts. Un éclat de rire ou une discussion un peu trop forte en décibels… Il suffit parfois de peu pour que les adultes sans enfants se retrouvent soudain rappelés à l’ordre. Mais la parentalité doit-elle étendre ses règles éducatives au-delà de sa propre famille ? La règle des parents doit-elle prévaloir sur celle des non-parents ? Et si le vrai sujet n’était pas les enfants, qui ne sont après tout que des enfants, mais la réaction des parents, qui transforment la banalité d’un petit mot de travers, en leçon dramatique ?
L’éducation des enfants, un travail à plein temps (et personne n’en doute)

L’éducation, c’est vrai, c’est un défi quotidien. Les parents essaient de transmettre des valeurs, de poser des limites et de protéger leurs enfants des mauvaises habitudes qui un jour pourraient leur porter préjudice. Cela demande patience, vigilance, créativité et un brin de génie parfois, pour faire passer un message sans éclat de voix. Et rien que pour ça, respect ! Surtout que les enfants, c’est comme le métabolisme : nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Certains ont de la chance. D’autres… moins.
Une chose est sûre, chacun fait de son mieux pour élever sa progéniture. Mais faut-il que ce travail d’éducation déborde sur les autres adultes qui, eux, n’ont pas – ou pas encore – signé le contrat de la parentalité ? Peut-être. Parfois. Mais avec finesse, sans créer de malaise, sans exagération, ni mélodrame. Et visiblement, ce n’est pas une mince affaire…
Gros mots et mauvaises manières
Dire un petit gros mot, mâcher la bouche ouverte, manger avec les doigts, mettre les coudes sur la table, boire sa soupe avec fracas (et bientôt, tenir sa tasse de thé sans lever le p’tit doigt)… Rien de trop choquant en somme. Pourtant, certains parents voient en ces gestes anodins un danger imminent. « Chier » et autres « me… » ne sont pas très beaux certes, mais pas d’injure, d’insulte, ni d’atteinte à la personne. Des mots qui nous échappent sans même y penser (surtout pour ceux qui n’ont pas d’enfant, ni l’habitude de retenir leur verve). Des mots qui le plus souvent, traversent une conversation sans même s’imprimer sur le tympan d’une âme sensible bien trop occupée à chercher la fève dans sa galette (et qui en plus, l’a très certainement déjà entendu la veille dans la cour de l’école).
Sur-réagir : une fausse bonne idée

Puis honnêtement, la réaction des parents, parfois disproportionnée, s’avère finalement plus marquante que « le mot » lui-même. Un mot que l’enfant aurait d’ailleurs sans doute déjà oublié s’il n’avait pas provoqué de scène. On dramatise, on hausse le ton… et c’est souvent cela qui s’imprime. Car le gros mot compte bien moins que la réaction qu’il suscite. Qui n’a jamais répété une vulgarité juste pour embêter un peu papa et maman ? C’est exactement le même principe. D’où l’importance du dosage et, parfois, de lâcher du lest.
À force de vouloir tout protéger, on en vient parfois à contraindre les adultes présents, qui, par manque d’habitude, finissent par surveiller chacun de leurs mots (ou préfèrent se taire).
Parents et non-parents, trouver le juste équilibre
Les espaces partagés peuvent alors devenir des lieux où chaque mot est pesé, chaque geste mesuré, et où l’adulte sans enfant se retrouve parfois sommé de s’effacer. Ou quand le simple plaisir des retrouvailles entre amis se transforme alors en véritable corvée. Nous connaissons tous cette gymnastique sociale : choisir nos mots, modérer nos décibels, anticiper les réactions, éviter les conflits. Respecter les enfants, tout en conservant sa liberté de rire et de parler. Voilà un équilibre délicat que beaucoup tentent de tenir, avec plus ou moins de difficultés en fonction des habitudes.
Sans tomber dans l’excès des tendances « No Kids »

C’est ainsi que certains finissent par pousser le curseur un peu trop loin. À force de tout diaboliser, d’autres préfèrent jeter l’éponge et se tourner vers des alternatives « No Kids » parfois radicales. Mariages sans enfants. Restaurants sans enfants. Vacances sans enfants. Ces nouveaux concepts fleurissent un peu partout et font débat. Mais s’agit-il vraiment d’éviter les bambins, ou plutôt de fuir la dictature éducative qui peut parfois les accompagner, transformant chaque espace partagé en zone de vigilance permanente ? Pour les uns, ces choix relèvent de l’excès. Pour les autres, ils ressemblent à un souffle de liberté. À chacun sa lecture.
Chez Scarlette, ces choix divisent autant qu’ils questionnent. Certains les trouvent excessifs, d’autres y voient une respiration nécessaire. Sans diaboliser les familles ni la parentalité, une chose semble toutefois faire consensus : la nécessité de se mettre à la place de l’autre, de faire preuve de compréhension… et parfois, de mettre un peu d’eau dans son vin.
Peut-être qu’au fond, l’enjeu n’est pas de traquer chaque mot ou chaque geste, mais d’apprendre à les replacer dans leur contexte. Expliquer sans dramatiser. Laisser passer sans banaliser. Rappeler les règles sans transformer chaque table en salle de classe. Les enfants apprennent aussi beaucoup de la manière dont les adultes réagissent autour d’eux. Et parfois, la meilleure leçon reste celle qui se transmet sans bruit.
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