Un chocolat en rentrant, une série sous un plaid, un verre pour « décompresser»… Quand les journées raccourcissent, nos envies de réconfort semblent parfois prendre plus de place. Faut-il s’en inquiéter ? Pas forcément. Mais comprendre ce que l’on cherche à apaiser peut aider à traverser l’automne avec plus de douceur — et moins d’automatismes.
Il est 19 heures. Il fait déjà nuit, votre journée a été longue et vous rêvez d’une seule chose : qu’on ne vous demande plus rien. Vous ouvrez le placard, attrapez votre téléphone ou vous servez un verre. Le geste est presque immédiat. Avant de vous demander comment y résister, une autre question mérite d’être posée : de quoi avez-vous besoin, au juste ?
Pourquoi l’automne peut-il peser sur notre humeur ?
L’automne ne provoque pas, à lui seul, une baisse de moral chez tout le monde. Mais le retour d’un quotidien chargé, la fatigue accumulée et les journées moins lumineuses peuvent rendre certaines périodes plus difficiles à vivre. Chez certaines personnes, les variations saisonnières de l’humeur sont suffisamment marquées pour nécessiter une évaluation médicale ; elles ne doivent pas être confondues avec un simple « coup de blues ».
Lorsque l’on dort moins bien ou que l’on se sent sous pression, on a aussi moins de disponibilité pour faire des choix réfléchis. Le sommeil perturbé peut s’accompagner de fatigue et d’irritabilité ; le stress, lui, peut influencer notre rapport à l’alimentation et aux consommations. L’envie de réconfort n’est donc pas nécessairement une question de volonté : elle peut être une réponse à une journée qui nous a beaucoup demandé.
Nourriture, écrans, alcool : que cherchons-nous à apaiser ?
Une envie de soupe bien chaude ou de chocolat n’a rien d’anormal. Manger peut être un plaisir, un moment de partage, parfois aussi une façon occasionnelle de se consoler. Il n’y a aucune raison d’en faire systématiquement un problème.
La recherche de réconfort peut prendre plusieurs formes. Pour l’une, ce sera grignoter en rentrant du travail ; pour une autre, faire défiler les réseaux sociaux bien après l’heure du coucher. Parfois, ce sera le verre qui marque la fin de la journée. Quand ces gestes deviennent des réflexes pour faire face à la fatigue, au stress ou à la solitude, le soulagement attendu peut laisser place à un sentiment de malaise — sans que le besoin initial ait vraiment été entendu.
En consultation d’addictologie, je ne demande pas seulement « combien ? », mais aussi « quand ? » et « pour quoi faire ? » Une consommation peut aider à rejoindre les autres, à calmer une inquiétude ou à trouver le sommeil — du moins sur le moment. Comprendre sa fonction permet d’éviter deux impasses : banaliser un comportement qui fait souffrir, ou culpabiliser quelqu’un qui essaie simplement de tenir.
Le piège du soulagement immédiat
Le problème n’est pas de chercher à se faire du bien. Il apparaît lorsque le moyen choisi soulage brièvement, puis ajoute une difficulté au lendemain.
Prenons l’alcool. Un verre peut donner une impression de détente le soir. Pourtant, l’alcool consommé avant le coucher peut dégrader la qualité du sommeil. Si l’on se réveille fatiguée, la journée suivante peut sembler encore plus lourde — et l’envie de « décompresser » revenir le soir d’après. Les écrans tardifs peuvent, eux aussi, perturber le sommeil : on repousse parfois l’heure du coucher sans s’en apercevoir, tandis que la lumière de l’écran et certains contenus peuvent rendre l’endormissement plus difficile.
Cela ne signifie pas que regarder une série ou manger un dessert relève forcément d’une addiction. Une habitude devient surtout importante à regarder lorsqu’on a le sentiment de ne plus vraiment la choisir, qu’elle prend une place croissante ou qu’elle entraîne des conséquences dont on aimerait se passer.
Comment trouver du réconfort sans se l’interdire ?
Plutôt que d’établir une liste de plaisirs « autorisés » et « interdits », essayez de repérer ce qui se passe juste avant l’envie. Vous pouvez vous poser trois questions simples : Suis-je fatiguée, tendue ou seule ? Qu’est-ce que j’attends de ce geste ? Et comment vais-je me sentir après ?
La réponse n’appelle pas toujours le même remède. Si vous avez faim, manger est une réponse appropriée. Si vous manquez de repos, une soirée moins remplie vous aidera peut-être davantage qu’une nouvelle règle à respecter. Si vous cherchez du lien, envoyer un message à une amie peut faire plus de bien qu’une heure passée à regarder la vie des autres. Et si vous avez surtout besoin que la journée s’arrête, accordez-vous une vraie transition : changer de vêtements, marcher quelques minutes, préparer une boisson chaude ou vous asseoir sans sollicitation.
Ces gestes ne sont pas des solutions miracles. Leur intérêt est ailleurs : ils élargissent le choix. Vous pouvez toujours décider de savourer ce chocolat ou cette série, mais sans leur demander de réparer à eux seuls votre fatigue, votre stress ou votre solitude.
Quand faut-il demander de l’aide ?
Si votre moral est bas, que vous perdez l’intérêt pour ce qui vous plaît habituellement ou que la fatigue perturbe votre quotidien, parlez-en à un professionnel de santé. Soyez également attentive à tout autre changement qui vous inquiète : sommeil, appétit, irritabilité, isolement, ou impression de perdre la maîtrise d’une consommation ou d’un comportement. Vous n’avez pas besoin d’attendre que la situation s’aggrave, ni de savoir précisément ce qui ne va pas : au moindre doute, demandez un avis.
L’automne n’exige pas de devenir une version plus disciplinée de vous-même. Il peut être l’occasion de vous demander ce qui vous pèse, ce que vous cherchez à apaiser et si vos habitudes vous aident encore — ou commencent à vous faire du mal. Et lorsque la fatigue, le moral ou une consommation vous inquiètent, demander de l’aide fait aussi partie des façons de prendre soin de vous.
Pour prolonger la réflexion sur nos habitudes du soir, découvrez également notre article « Le sommeil : un ami qui nous veut du bien », consacré à cet allié essentiel de notre équilibre.

