Elle a créé, développé, racheté, revendu. Professionnellement, rien ne pouvait arrêter Karin Warin ! Jusqu’au jour où la réussite n’a plus suffi. Derrière l’entrepreneure à succès, Karin a découvert une femme qui ne savait plus très bien qui elle était. Insupportable Winneuse, son premier livre, raconte ce moment où tout a vacillé : son envie d’entreprendre, son image de femme forte, ses certitudes, jusqu’à sa propre identité.
Qui suis-je lorsque je ne suis plus celle qui entreprend, qui avance, qui dirige ?
Un récit intime, drôle parfois, douloureux aussi, mais surtout très humain. Celui d’une femme qui doute, tombe, se relève, se découvre ! Une femme qui a appris malgré elle que réussir sa vie n’était pas seulement aller toujours plus loin. C’est aussi savoir revenir à soi, pour ne pas s’oublier en chemin.
Insupportable Winneuse est donc l’histoire d’un petit séisme identitaire. Mais il se révèle aussi être un guide pour celles et ceux (mais surtout celles) qui, comme Karin Warin, traversent une telle fracture.
La petite fille qui rêvait de devenir une Superwoman
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Karin Warin n’est pas née avec un business plan sous le bras. Elle était une petite fille solitaire et sensible qui avait pris l’habitude de contenir ses émotions, de cacher une partie d’elle-même pour paraître toujours plus forte. « J’avais 5 ans quand mes parents se sont séparés. » Et autant dire qu’à l’époque, les divorces et séparations ne sont pas monnaie courante. Alors la petite Karin s’est très vite sentie différente : « J’avais le sentiment d’être une anomalie. » En son for intérieur, elle rêvait déjà de devenir une Superwoman : « être assez forte pour devenir une gardienne du temple. Le mien et, parfois, celui des autres. » Bref, une femme forte, libre et surtout qui ne dépend de personne !
Mais Superwoman n’est pas un métier, alors ses premières envies professionnelles oscillent entre deux vocations : journaliste, pour son amour de l’écriture ; ou avocate, pour combattre les injustices. Puis peu à peu, en grandissant et en comprenant le monde qui l’entoure, une autre conviction s’installe : la nécessité de gagner sa vie. Non par cupidité, mais pour gagner sa liberté.
Une vie professionnelle à mille à l’heure
Elle deviendra finalement entrepreneure. À 36 ans, elle crée sa première entreprise. Puis viennent Clopinette, la reprise d’AMi2, N’Way… et des années à créer, développer, diriger. Une vie professionnelle qui avance vite, très vite. « Professionnellement, je ne doutais pas de moi. » Une force qui lui a permis d’avancer, parfois tête baissée… Jusqu’à ce que la réussite ne suffise plus.
Le véritable bouleversement ne vient pourtant pas du monde professionnel (malgré la revente de sa dernière boîte à 50 ans et, avec elle, ses premiers doutes). Il vient de sa fille aînée : « c’est le clash qui a tout déclenché. » Lorsqu’elle cesse de lui parler, quelque chose se fissure : « j’ai compris que j’avais beaucoup avancé en niant la souffrance de ceux qui m’entouraient. » Et cette douleur-là, impossible de la contourner avec un nouveau projet, une nouvelle entreprise ou une nouvelle victoire.
La revente de son entreprise au même moment ajoute une autre question existentielle : qui suis-je quand je ne suis plus la dirigeante, celle qui réussit, celle dont on attend toujours davantage ? « Soudain, j’avais peur de perdre une certaine légitimité et mon image de femme forte. »
Écrire pour mieux se retrouver

Son livre, Insupportable Winneuse, est né de cette période de transition. L’écriture, qu’elle aime depuis toujours, devient presque une nécessité. « J’étouffais ! Entre la vente de mon entreprise, la distance prise par ma fille… Je ne me retrouvais plus nulle part. » Alors elle décide de prendre la plume et « de faire le grand saut ». Elle écrit son enfance, ses erreurs, ses filles, ses doutes. Avec la difficulté particulière de ne pas en dire trop sur celles et ceux qui font partie de son histoire : « rester pudique et subtile ». Insupportable Winneuse a finalement été une vraie prise de conscience lucide, une mise à nu nécessaire et thérapeutique : « on grandit avec un livre qu’on écrit ».
D’abord destiné à rester presque confidentiel, Insupportable Winneuse ne devient ce qu’il est que grâce à l’enthousiasme de ses proches. « Tu devrais le publier ! » Une aubaine ! Pour elle, mais aussi et surtout pour celles qui le lisent. Parce que dans cette histoire de vie, nombreuses sont celles qui se reconnaissent.s
D’insupportable à merveilleuse winneuse : la vraie réussite est ailleurs
Le manuscrit est ainsi devenu un livre. Une autobiographie. Le récit d’un petit séisme identitaire que, chez Scarlette, nous avons lu comme un véritable roman. Oubliant parfois qu’il s’agissait pour Karin, de sa propre vie. « Insupportable Winneuse » ? Il fallait oser… Mais ce titre n’est pas une provocation gratuite. « C’est une étiquette qu’on m’a collée 10 ans plus tôt lors d’une intervention devant une assemblée de « mompreneurs » (*) où je prônais l’importance de créer une société pour se rémunérer correctement. J’étais passée pour une ‘’insupportable winneuse’’ qui ne pensait qu’à l’argent », plaisante-t-elle. Et l’expression est restée. D’abord parce que l’argent n’est pas un gros mot. Puis parce que les femmes qui réussissent ne devraient pas s’excuser de vouloir réussir.
On pense y découvrir une vie professionnelle débordante avec de multiples projets et des idées foisonnantes. Ce qui est le cas, mais au fil des pages, nous lisons surtout une femme. Une femme qui peu à peu découvre que la vraie réussite est aussi ailleurs : « Réussir, c’est toucher ses limites pour mieux les repousser, mais aussi ses limites émotionnelles. » Se libérer des croyances qui nous enferment : de la peur de décevoir, des « je ne suis pas capable »… Autant de limites que l’on s’impose souvent à soi-même.
Et si les femmes arrêtaient de se faire concurrence ?

Karin ne jette pas la pierre. Elle reconnaît ses propres réflexes de comparaison : ces mécanismes anciens qui ont longtemps appris aux femmes à se battre pour une place plutôt qu’à se la partager. Aujourd’hui, elle accompagne celles qui veulent créer ou reprendre une entreprise. Elle anime des ateliers d’écriture, des séminaires et transmet ce qu’elle a appris, notamment à travers le collectif N’Way qu’elle a créé : « ma force, c’est de fédérer ».
Parce qu’une femme ambitieuse n’a pas à choisir entre puissance et vulnérabilité. Et qu’une femme forte, pour Karin, est avant tout une femme résiliente. Une femme libre ? « Une femme qui assume ses propres choix. » Aujourd’hui, elle ne cherche plus à être invincible. « J’assume enfin ma sensibilité et mes failles. » Elle les partage même, pour mieux accompagner celles des autres. Grâce à son livre, les retours positifs pleuvent… Des femmes notamment lui écrivent pour lui dire qu’elles ont retrouvé, un peu grâce à elle, « l’envie d’avoir envie ».
« Une femme dessinatrice m'a fait une magnifique carte postale à la main qui retraçait l'histoire du livre et la sienne juste à côté. Avec un petit message plein d'espoir sur une transition professionnelle qu'elle était en train de mener, encouragée par la lecture d’Insupportable Winneuse. »
Karin Warin
Désormais, plus d’injonction, plus de peur du « qu’en dira-t-on ». Karin avance parce qu’elle en a retrouvé l’envie. « J’ai de nouvelles envies d’entreprendre, je travaille sur de nouveaux projets... » Puis il y a ses filles… « Le retour de la communication et tenir une relation harmonieuse avec mes enfants est une de mes plus grandes fiertés. » Sans oublier son compagnon, qu’elle qualifie d’« exceptionnel » et qui participe à cette paix retrouvée.

Après avoir longtemps couru vers la réussite, Karin Warin semble avoir découvert quelque chose de plus précieux encore : le plaisir de ne plus courir contre elle-même. Sa plus grande victoire finalement ? « Avoir enfin accepté qui je suis. » Et encourager les autres à le faire.
C’est ainsi que, chez Scarlette, l’Insupportable Winneuse est devenue, au fil des pages, tout sauf insupportable. Parce qu’elle nous a offert quelque chose de bien plus précieux qu’une recette de la réussite : la possibilité de choisir notre propre définition du bonheur et la personne que l’on veut devenir pour l’atteindre.
(*) une femme qui crée et gère sa propre entreprise tout en s’occupant de ses enfants
Questions "flash"
Pour vous, qu’est-ce qu’une femme forte ? Une femme résiliente.
Qu’est-ce qu’une femme libre ? Une femme qui assume ses choix.
Avez-vous une mentor, une femme qui vous inspire profondément ? Simone Veil. The Best. Une femme engagée, humaine, seule contre tous et parfois toutes. Un exemple de résilience et de liberté réunies.

