Chaque année en France, près de 2 millions de chutes touchent les personnes âgées, entraînant dans leur sillage des pertes d’autonomie, un isolement social, des milliers d’hospitalisations mais aussi de très nombreux décès. Face à cet enjeu majeur, la prévention apparaît aujourd’hui comme un levier incontournable pour agir en amont et améliorer l’accompagnement du vieillissement tout en limitant les risques de dépendance.
Les chiffres peu connus d’une réalité invisible
Qui parmi vous connaît ce chiffre : en France, les chutes à domicile sont la première cause de mortalité accidentelle chez les seniors (plus de 20 000 en 2024, un chiffre en hausse malgré un plan national de prévention lancé en 2022). Et pourquoi n’entend-on pas plus souvent ce chiffre ? Parce que les chutes sont encore trop souvent perçues comme une fatalité liée à l’âge.
Plutôt que d’adapter l’environnement, au sens large, à cette problématique, on incite les personnes âgées à limiter leurs mouvements. Or, cette sédentarité accélère encore la fonte musculaire et augmente le risque de chute. Un cercle vicieux qu’il faut briser, pour inverser la logique et encourager nos aînés à bouger.
Pourtant, on ne peut pas dire qu’on ne savait pas. Les études démographiques nous le disent depuis longtemps : entre 2020 et 2030, le nombre de personnes âgées de 75 à 84 ans va passer de 4,1 à 6,1 millions dans notre pays. Durant la décennie suivante, c’est le nombre des plus de 85 ans, issus de la génération du baby-boom, qui va mécaniquement exploser.
Mais voilà, penser la vieillesse, le grand âge, ce n’est pas vendeur. Personne n’a envie de vieillir, alors on tient le sujet à distance. Alors qu’il nous concerne tous, sans exception.
Le vieillissement reste un impensé de notre société

En prenant de l’âge, nous sommes d’abord confrontés au vieillissement de nos parents, dont nous devenons bien souvent les aidants. Puis c’est à notre tour. Comment allons-nous vieillir ? Où allons-nous vivre ? Combien de temps resterons-nous autonomes ? Qui s’occupera de nous ?
Autant de questions qui ne font pas forcément envie, nous sommes bien d’accord.
Le vieillissement est donc non seulement un impensé de la société (la grande réforme structurelle du secteur de la dépendance, promise par le Gouvernement, se fait attendre depuis 8 ans), mais aussi un impensé intime.
La prévention des chutes devrait pourtant mobiliser l’attention. En effet, vieillir chez soi, en bonne santé et entouré, reste une aspiration très largement partagée.
Ce souhait est hélas remis en cause par un certain nombre de paramètres, parmi lesquels la perte d’autonomie, pas assez anticipée, et la non-adaptation des logements (seulement 6 % du parc immobilier français est aujourd’hui adapté à la perte d’autonomie). Ce duo infernal aboutit bien souvent à la chute, et c’est ensuite la cascade de mauvaises nouvelles.
Des chutes aux conséquences en cascade
En effet, les conséquences peuvent être sévères : hospitalisations (la chute est la première cause d’admission aux urgences chez les personnes âgées), placement en établissement (40 % des personnes hospitalisées après une chute ne peuvent pas retourner à leur domicile) et, nous l’avons vu, des milliers de décès.
En outre, les chutes représentent chaque année un coût considérable, estimé à deux milliards par an. Une partie de cette dépense pourrait être évitée grâce à une politique de prévention.

Des initiatives locales qui aident à repérer les fragilités
Si les chutes sont aussi difficiles à enrayer, c’est parce qu’elles résultent bien souvent d’une combinaison de facteurs : un logement inadapté (7 chutes sur 10 ont lieu à domicile, lors d’actes du quotidien), une diminution de la force musculaire, des troubles de l’équilibre, une vue déficiente, des troubles cognitifs, la prise de certains médicaments…
Face à une volonté nationale plus que timide, il existe heureusement des initiatives locales, prises par des collectivités, des associations, des fondations, des hôpitaux : bus ou unités mobiles de dépistage, journées prévention, conférences, ateliers équilibre, hôpitaux de jour prévention des chutes… Autant d’actions de terrain qui aident à repérer les fragilités en amont et qui positionnent les professionnels de proximité (aides à domicile, soignants, Centres communaux d’action sociale, médecins généralistes, pharmaciens, etc.) comme autant de relais de prévention.
Le revers de la médaille de ces initiatives locales, c’est qu’elles génèrent des inégalités entre territoires. Certaines communes, certaines métropoles, sont plus proactives que d’autres sur le sujet.
Alors, quelles sont les solutions ?

Les différents acteurs de la prévention s’accordent à donner les conseils suivants :
- Rester actif à la fois physiquement et socialement : l’activité physique régulière est indispensable au maintien de la force musculaire et de l’équilibre, le lien social va quant à lui préserver les facultés cognitives et émotionnelles.
- Aménager son environnement : installer des barres d’appui dans la salle de bain, enlever les tapis glissants, créer des chemins lumineux ou antidérapants, placer les objets courants de manière stratégique… Autant d’éléments qui relèvent de la compétence de l’ergothérapeute, personnage clé, et pourtant peu cité, du maintien de l’autonomie.
- S’équiper d’aides techniques : une canne, un déambulateur ou des chaussures antidérapantes peuvent réduire significativement les risques de chute.
- Adapter son alimentation à son âge et à sa condition de santé : une alimentation riche en protéines et en calcium renforce la masse musculaire et la solidité des os (notamment pour nous les femmes, qui sommes sujettes à l’ostéoporose).
- Bien s’hydrater (d’autant que la sensation de soif s’amenuise avec l’âge).
- Faire un bilan de santé régulier : vérification de la vision et de l’audition, prise de sang pour repérer d’éventuelles carences, respect des traitements médicaux.
- Envisager l’abonnement à la téléassistance : pour les personnes vivant seules, souscrire à un service de téléassistance permet d’alerter rapidement son entourage en cas de chute.
Tous ces éléments valent aussi bien au domicile qu’en établissement. Même en EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou dans un habitat dit intermédiaire (résidences autonomie du type Mobicap, Domitys, Sénioriales ; colocations seniors du type Maison Marguerite ou Âges et Vie), le risque de chute existe.
La grande différence s’observe sur le délai de prise en charge. En habitat collectif, la chute sera plus souvent et plus vite détectée, des examens médicaux pourront être prescrits, des séances de kinésithérapie pour récupérer… À domicile, de nombreuses personnes ne disent pas qu’elles tombent, le plus souvent par peur. Peur de l’hospitalisation et de son potentiel corollaire, le placement en établissement.
Véritable enjeu de santé publique, la prévention des chutes chez la personne âgée peine encore à être efficace dans notre pays, en tout cas de manière homogène. Face à une demande qui ne cesse d’augmenter en raison de l’évolution démographique, les défis restent nombreux, notamment en termes d’adaptation des logements, de repérage des premières fragilités ou encore de sensibilisation. Nous avons pourtant tous à gagner à ce que cette prévention progresse : personnes âgées, proches aidants, système de santé et finances publiques.
Pour aller plus loin
Sur les réseaux :
Les sites où trouver des conseils sont nombreux, mais on peut en citer deux parmi les plus complets :
- Le site officiel pour-les-personnes-agees.gouv.fr qui propose des dossiers et le téléchargement de guides pratiques.
- Le site développé par l’Assurance retraite et Santé publique France, pourbienvieillir.fr, véritable mine de conseils pratiques.
Podcaster :
- Kinécast : Un épisode de ce podcast, intitulé « Kiné et prévention des chutes : une stratégie clé contre la dépendance », aborde les chiffres à retenir, les tests de dépistage et le rôle crucial du kinésithérapeute.
- Sur santé.fr : Un podcast court intitulé « Les réflexes à adopter pour éviter les chutes chez soi » qui évoque les réflexes à avoir et les aménagements à prévoir avec les conseils d’une ergothérapeute.
Application :
- APP-Chutes : Cette application propose un questionnaire dynamique pour évaluer son risque de chute et donner des conseils personnalisés afin de le réduire.
- Actiduo : Destinée aux personnes âgées ne pouvant plus participer à des activités collectives, cette application assez géniale, portée par ReSanté-Vous avec le soutien de la Fondation MAIF pour la Recherche, s’appuie sur le réseau des professionnels de l’aide à domicile. Elle propose des sessions d’activités physiques douces créées par des professionnels de santé, adaptées et intégrées au quotidien. En plus de stimuler la mobilité des personnes âgées et de favoriser les échanges, Actiduo valorise les aides à domicile. L’application, qui rencontre un succès certain, est appelée à se déployer plus largement.
Lire :
- « Bien-vieillir : équilibre et prévention des chutes, guide d’activité physique adaptée » : Ce livre écrit par Martine Lemarchand, enseignante d’Activité Physique Adaptée (APA) combine explications claires, exercices pratiques et conseils pratiques pour l’aménagement de l’habitat.

