Pendant 34 ans, Christèle P. a consacré sa vie à un métier qui a fini par lui coûter sa santé, jusqu’au burn-out. Elle nous raconte comment une séance photo offerte par ses filles a changé la donne, alors qu’elle n’osait même plus se regarder dans le miroir. Aujourd’hui, Christèle P., alias @krys__model sur Instagram, explore une nouvelle vie dans l’univers de la mode et de la beauté.
À 55 ans, cette femme au look affirmé, au caractère bien trempé et à l’énergie contagieuse croque enfin la vie à pleines dents. Et prouve qu’il n’est jamais trop tard pour changer de regard sur soi, se choisir et reprendre sa vie en main !
Le jour où tout a basculé...
Il y a des cadeaux qui ont plus de valeur que tous les autres. Non pas pour le coût, mais par la prise de conscience qu’ils engendrent, qui elle, n’a pas de prix. En décembre 2025, Christèle est au fond du gouffre. Après 34 ans passés au sein d’une ambassade, son poste, autrefois riche en échanges, s’est peu à peu réduit à des journées devant un ordinateur à remplir des tableaux Excel. Dans un même temps, la charge de travail triple sur les épaules des mêmes personnes.
Pour Christèle, pourtant en mi-temps thérapeutique à cause d’une maladie auto-immune, c’est la descente aux enfers. Elle assume un volume de travail bien supérieur à ce que son temps de présence devrait permettre. Malgré tout, elle fait tourner le bureau, prend sur elle. Jusqu’à ce que son corps et son esprit lâchent. Presque simultanément. Après la crise d’angoisse vient le choc, l’arrêt de travail et d’autres blessures plus insidieuses encore : le manque de reconnaissance et une confiance en soi qui s’écroule. Christèle tombe en dépression : « Je passais mes journées à pleurer ! »
Ses filles, particulièrement touchées, lui offrent alors une séance photo professionnelle qui va tout changer. « En vrai, au départ, je n’en avais pas vraiment envie… »

Pire, elle redoute ce qu’elle va découvrir devant le miroir. Depuis trois ans, elle s’investit corps et âme dans un travail qui ne le lui rend pas : « je me suis perdue en route », confie-t-elle. Si bien que le jour J, devant le miroir, alors qu’elle confie son visage à la maquilleuse, Samantha Adamo, l’émotion déborde. Ses larmes coulent sans qu’elle ne puisse les arrêter. « Je n’aime pas forcément ce que je vois dans le miroir. Mais la maquilleuse et la photographe sont là, douces et bienveillantes. Elles tentent de me rassurer. »
« J’ai porté un autre regard sur moi »
Mais le déclic ne vient pas tout de suite. C’est quelques semaines après, quand elle recevra les photos définitives de ce premier shooting, que son regard va changer… « J’ai porté un autre regard sur moi. » Ce premier changement est peut-être le plus important : avant de devenir mannequin, Christèle recommence d’abord à se regarder comme une femme, et plus seulement à travers ce que le travail avait fini par lui renvoyer d’elle-même.
Alors que la photographe, Ema Martins, l’encourage à tenter sa chance auprès d’agences spécialisées dans les mannequins de plus de 50 ans, Christèle hésite. Trop de questions, trop de doutes… Pourtant, elle va un jour oser tenter sa chance ! Elle envoie quelques photos à 7 ou 8 agences parisiennes.
Et contre toute attente, du moins à ses yeux, quatre lui répondent positivement. « J’étais choquée ! Je leur ai même dit, ‘’mais attendez, vous ne m’avez même pas vu en vrai, ce n’est pas la même qu’en photo !’’ J’ai d’ailleurs insisté pour aller les voir en vrai. Histoire qu’ils se rendent vraiment compte… » Mais ils ont réitéré, ils la veulent bel et bien dans leur agence ! Christèle, de son côté, n’en croit pas ses oreilles… Une nouvelle opportunité de vie et de carrière vient de s’offrir à elle. Fini les larmes, c’est le début de l’aventure Krys__model.
Conquérir le monde de la mode et de la beauté après 50 ans
Pourtant, le mannequinat fifty+ (plus de 50 ans) n’était pas un plan de carrière soigneusement préparé sur un coin de table, c’est le moins que l’on puisse dire ! Mais c’est une porte ouverte à un moment où, justement, Christèle avait rudement besoin de respirer. Et elle compte bien la franchir à sa manière. Pas question d’attendre que les marques et shootings tombent du ciel : elle démarche les photographes, imagine des collaborations, contacte les marques et des médias… « Il faut se bouger, s’ouvrir aux autres, provoquer les rencontres, si on veut obtenir des choses. » Alors Christèle remue ciel et terre pour mener à bien sa nouvelle ambition de carrière. Pour ça, son passé dans la télécommunication au sein d’une ambassade lui donne les bons réflexes. Mais son meilleur atout reste son culot !
Et ça marche ! Peu à peu, les rencontres s’enchaînent, les shootings aussi et les invitations sur des « évents » se multiplient. Peu à peu, « Krys » se fait connaître du monde de la mode et de la beauté. Elle découvre l’ambiance « Fashion week » dans un défilé organisé en marge de l’événement, pose pour des marques de vêtements et cosmétiques qui lui plaisent, apparaît dans plusieurs médias… Des agences à Milan et Porto s’intéressent même à son profil. Cependant rien n’est jamais acquis et tout reste à construire. Christèle a néanmoins (re)trouvé ce qui lui manquait depuis trop longtemps : l’envie.
Un look affirmé et un crâne rasé qui devient son identité
Elle a aussi pour elle cette allure singulière, ses grandes lunettes, une classe naturelle, son sourire franc et sa voix qui porte. Son crâne rasé également. S’il est aujourd’hui devenu sa signature, il n’a pas toujours fait partie d’elle : « je l’ai rasé en 2012, quand ma mère est tombée malade ». Pour accompagner et soutenir cette femme qu’elle aimait et qui vivait plus douloureusement la perte de ses cheveux que le cancer lui-même. « Je l’ai fait en cachette et elle m’en a presque voulu à l’époque. » Un acte d’amour devenu, au fil du temps, une part de son identité. Aujourd’hui, cette singularité attire les regards dans un univers où les silhouettes ont longtemps obéi à des codes étroits.

Christèle ne prétend pas révolutionner la mode. Elle y apporte cependant sa présence, son histoire et sa personnalité. Pour elle en effet, la beauté ne se résume pas à un âge, un visage ou une peau parfaite : « on peut ne pas se trouver belle mais avoir de l’allure, une prestance... »
Pour elle tout est là : dans cette manière d’habiter son corps, de porter un vêtement, d’oser. Pourtant, Christèle aime rester simple. Le jean est sa pièce fétiche ! Celle qu’elle arrange à toutes les sauces : « je dois en avoir au moins quarante paires ! », dit-elle en riant. Quant au maquillage ? Elle le réserve volontiers aux shootings : « juste un peu d’anticerne et c’est terminé ! » C’est ainsi, avec simplicité et authenticité que cette femme qui se jugeait encore si durement il y a tout juste un an, s’autorise doucement à se plaire.
Organiser son temps pour profiter des siens
Derrière la lumière des flashes etle succès de ses réseaux sociaux, il y a une victoire, cette fois un peu plus intime, qui compte bien davantage que toutes les autres : celle de retrouver sa place auprès des siens.
Pendant des années, Christèle a vécu au rythme d’un travail qui prenait toute la place. Aujourd’hui, elle est bien décidée à rattraper le temps perdu : auprès de ses filles, de son mari, de ses amis, de ses proches… « Je n’ai plus de temps à perdre ! » Loin d’une injonction à courir plus vite, c’est plutôt une invitation à prendre le temps pour ceux qu’on aime : un café que l’on partage, des conversations entre amis qui réparent et soutiennent, un repas en famille, une après-midi entre filles… Tous ces moments qu’elle ne souhaite plus jamais « remettre à demain », la maladie et la perte de sa mère lui ayant appris combien la vie peut basculer et combien les priorités peuvent changer plus rapidement encore.
Réussir autrement, pour montrer l’exemple à ses filles
Le mannequinat lui offre cette liberté nouvelle : organiser ses journées, choisir ses projets, et ne plus se sacrifier au profit d’un travail qui ne le lui rend pas. D’autant que ses filles sont au cœur de cette nouvelle aventure professionnelle. Ce sont elles qui lui ont offert cette séance photo décisive ; ce sont elles qui désormais lui donnent leurs avis avant de poster sur les réseaux sociaux ; ce sont elles qui l’encouragent, l’aident, la suivent, la soutiennent… Et aux yeux de Christèle, leur regard compte plus que n’importe quel commentaire. « Ce dont je suis la plus fière, c’est que mes filles soient fières de moi ! », confie-t-elle, non sans émotion.
Et chez Scarlette, nous saisissons dans cette phrase, quelque chose de profondément touchant : le désir de leur montrer qu’une vie ne se résume pas à un poste, à un statut ou à la sécurité d’une trajectoire toute tracée. Qu’on peut changer de direction, apprendre, se tromper, recommencer. Et qu’il n’est jamais trop tard pour faire quelque chose qui nous ressemble. Bref, croire en soi et en ses rêves ! Et quel plus beau message à transmettre à ses enfants ?
À 55 ans, le plus beau reste à venir…
Christèle imagine déjà la suite : continuer à poser pour des marques et des photographes, développer des projets autour de la photo, de la mode et du bien-être, puis accompagner des femmes qui ont besoin de retrouver confiance en elles à leur tour. Une idée encore en construction, mais qui prolonge naturellement ce qu’elle a elle-même traversé. Christèle ne se présente pourtant pas en héroïne. Elle doute encore, tâtonne, se trompe parfois. Mais elle avance enfin ! Avec sa débrouillardise, son franc-parler et cette conviction que les rencontres peuvent ouvrir des portes inattendues. Elle songe aussi à mettre ses compétences en communication au service d’autres projets.
La mode n’est donc pas une parenthèse enchantée : elle devient un terrain de jeu, un laboratoire de possibles, peut-être le début d’une seconde vie professionnelle.
Quant à l’âge ? Il ne lui fait plus peur de la même façon. Elle accueille les rides, elle attend même « avec impatience » ses cheveux blanc et préfère désormais l’allure à la perfection. Ce qu’elle veut, au fond, c’est se sentir bien dans sa peau et libre de choisir ce qu’elle en fait, sous le regard bienveillant de ses filles et de celui qui partage sa vie. Il reste tant à vivre, tant à essayer, tant à transmettre… Et si cette reconversion avait déjà réussi l’essentiel ? Non pas faire de Christèle un visage de plus dans les pages d’un magazine, mais lui rendre le plaisir d’être elle-même.
Et si la plus belle des reconversions, c’était d’oser reprendre le premier rôle dans sa propre vie ?
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