C’est aujourd’hui, 20 mars, la journée internationale du bonheur. Vaste sujet, qui nous concerne tous et sur lequel nous avons tous un avis, qui peut varier en fonction de notre âge, des circonstances… Mais au fond, c’est quoi le bonheur ? Est-ce un état durable, une succession de moments heureux, ou une construction intérieure qui évolue avec l’âge et les circonstances ? Scarlette vous emmène cheminer sur la piste du bonheur et sème des petits cailloux, comme autant de pistes pour y accéder.
Une quête du bonheur qui remonte à l'Antiquité
Qu’est-ce que le bonheur ? Vous avez deux heures. Cette question existentielle, qui a traversé les âges et les générations, est régulièrement posée aux futurs bacheliers, et pour cause. Hautement complexe et insaisissable, la quête du bonheur fait parler les philosophes, les scientifiques, les écrivains, les artistes de tout poil, depuis des siècles. La définition du bonheur varie selon les époques, les cultures et les expériences personnelles.
Mais si cette recherche agite l’Humanité depuis l’Antiquité, il semble qu’elle occupe de plus en plus de place, voire qu’elle devienne une sorte d’injonction.

Le boom du marché du bonheur
Aujourd’hui, on enseigne même la Science du bonheur à l’université. Jamais le bonheur n’a été aussi bien connu, sous toutes ses facettes, et jamais le chemin pour l’atteindre n’a été aussi bien balisé.
À grand renfort de livres, de podcasts, de programmes de coaching et de développement personnel, d’applications, on nous vend la recette du bonheur, devenu produit de consommation et enjeu économique.
Le champs de la santé mentale s’est également saisi de la notion de bonheur avec l’avènement dans les années 1990 de la psychologie positive. Cette discipline étudie les conditions qui favorisent l’épanouissement des individus et des groupes et selon elle, le bonheur serait la combinaison du bien-être (aspect émotionnel) et du sens que l’on donne à la vie (aspect cognitif).
Mais pour autant, cette profusion de connaissances théoriques sur le bonheur nous aide-t-elle à être plus heureux ? Rien n’est moins sûr.

Le bonheur, une notion difficile à définir
La première difficulté, lorsque l’on réfléchit au bonheur, est de s’accorder sur sa définition. Il y a ce que nous dit le dictionnaire : « État de complète satisfaction », « Joie, plaisir liés à une circonstance ». Et il y a notre ressenti personnel.
Pour certains, le bonheur est un état à atteindre, si possible durable. Pour d’autres, le bonheur au long cours n’est qu’une illusion, mieux vaut se concentrer sur les petits bonheurs du quotidien qui, ajoutés les uns aux autres, finissent par esquisser un tableau plutôt sympathique.
Alors quoi ? Qui a raison ? Eh bien tout le monde. Même les plus grands philosophes ne s’accordent pas sur la définition.
Pour Alain (philosophe des XIXème/XXème siècles) par exemple, le bonheur est un cheminement qui commence par l’acceptation de soi, avec sa part d’ombre et sa part de lumière. Pour Épicure (IVème siècle avant J.-C.), le bonheur réside dans la recherche des plaisirs simples et l’absence de douleur. Pour Nietzsches (XIXème siècle), le bonheur n’est pas un état paisible mais une lutte, un dépassement de soi face aux difficultés de l’existence.
Trois philosophes, trois visions différentes qui nous montrent qu’il est vain d’essayer de faire rentrer le bonheur dans une case.

Bonheur individuel et bonheur collectif
Malgré tout, notre époque adorant les cases, ce bonheur qui nous fascine et nous échappe depuis toujours, est le candidat idéal pour être décortiqué, analysé, récupéré, détourné. La création en 2013 par les Nations Unies de la journée internationale du bonheur est d’ailleurs une preuve supplémentaire de l’intérêt que suscite le sujet, y compris dans le champs économique.
En 1972, c’est le Bhoutan, état d’Asie du Sud, qui a introduit le concept de Bonheur national brut (BNB), calqué sur le Produit intérieur brut (PIB), outil de mesure traditionnel de la santé économique d’un pays.
Au-delà de son aspect un peu « bisounours », ce concept est sérieux. Basé sur des critères très précis, il vise à associer la croissance traditionnelle à des notions de durabilité et de collectivité, là où le PIB ne prend en compte que la production de valeur des entreprises d’un pays.
Ce BNB nous montre aussi que le bonheur n’est pas seulement une notion individuelle, il est également une affaire collective. C’est une chose d’être heureux avec soi-même, c’en est une autre d’être heureux avec les autres : dans le couple, la famille, la communauté au sens plus large. Le bonheur individuel ne peut être totalement dissocié du bonheur collectif.

Bonheur d’être ou bonheur d’avoir ?
Que ce soit à titre individuel ou collectif, on peut se poser la question de la différence entre l’être et l’avoir. Comme le chante Alain Souchon dans Foule sentimentale : « On nous fait croire, que le bonheur c’est d’avoir, de l’avoir plein nos armoires ».
Comment être heureux dans un monde qui alimente en permanence nos désirs ? Avoir une maison plus belle, avoir les derniers vêtements à la mode, posséder la dernière console de jeu, le dernier smartphone, etc… La boucle du désir est infinie, et si on pense que notre bonheur passe par la satisfaction de tous nos désirs, nous prenons le risque d’une insatisfaction permanente.
Pour autant, il est trop facile de tout balayer en disant que l’argent ne fait pas le bonheur. Car, comment être heureux si on n’est pas sûr de pouvoir manger ou dormir au chaud ? Tout est question d’équilibre.

Garder la main sur son bonheur
Quoi qu’il en soit, prenons garde au bonheur qu’on cherche à nous vendre, à nous imposer, même de manière subtile (et parfois pas subtile du tout !). Le bonheur dépend en grande partie de nous-même, du regard que nous posons sur les choses (un exemple de bonheur personnel à assumer pleinement malgré les injonctions dans l’article de Scarlette Aimer Disney à 40 ans : immaturité ou nouvelle forme de maturité ?).
Selon la chercheuse en psychologie positive Sonja Lyobomirsy, 50% de notre capacité à être heureux sont liés à notre génétique (c’est énorme), 10% sont le fait de circonstances extérieures, il nous resterait donc 40% pour cultiver un état d’esprit propice au bonheur !

Des pistes à explorer pour booster l’indice bonheur
Et comme Scarlette, n’aime pas les recettes toutes faites, votre rédactrice vous propose quelques pistes à explorer, libre à chacun de cheminer selon ses envies, ses valeurs.
- Être dans le moment présent : Le fameux carpe diem tiré du poème d’Horace. Profiter de l’instant, cueillir le bonheur du jour. Être heureux dans le futur, ce n’est pas possible, et la nostalgie d’un passé heureux, si elle peut être sympathique de temps en temps, ne doit pas nous envahir. Il n’y a donc pas mieux que l’instant présent pour être heureux !
- Raisonner en termes de bonheurs avec un « s » plutôt qu’en termes de Bonheur avec un grand « B » : Dans le même esprit que le carpe diem, il s’agit d’identifier dans notre quotidien tous les petits moments qui nous rendent heureux, même s’ils ne durent que quelques secondes.
- S’aligner sur ses valeurs profondes : Déterminer ce qui pour nous est essentiel à notre vie, quitte à l’inscrire noir sur blanc. Connaître nos valeurs va nous aider à trouver notre juste place.
- Garder la faculté de s’émerveiller, comme les enfants : Aujourd’hui, nous avons accès à beaucoup de ce que nous voulons, et rapidement. Il est toutefois important de ne pas être blasé et de garder notre capacité à nous émerveiller, nous enthousiasmer devant des choses simples (une belle lumière, un paysage, un sourire…).
- Faire preuve de curiosité : Continuer à apprendre, à s’informer, à découvrir ce qu’on ne connaît pas encore.
- Travailler l’estime de soi : Elle est essentielle pour s’épanouir, dans tous les aspects de la vie. Si on se déteste, le chemin du bonheur va être compliqué à trouver. Ne pas hésiter à se faire accompagner par un professionnel de santé ou un thérapeute choisi avec soin si besoin.
- Éviter les comparaisons : Avec l’avènement des réseaux sociaux et l’habitude ultra narcissique du selfie, nous ne nous sommes jamais autant pris en photo. Et donc, nous ne nous sommes jamais autant comparés aux autres. Attention à cette habitude, qui peut générer des ruminations négatives, voire un mal-être, tout particulièrement à l’adolescence.
- Créer du lien : Selon la plus grande étude sur le bonheur jamais réalisée par l’université d’Harvard, le secret du bonheur réside dans des relations sociales de qualité. Nous sommes des êtres sociaux, et nous aimons partager nos émotions positives ! Il est facile de repenser à un concert, à un événement sportif où nous avons ressenti des frissons de bonheur collectif. N’hésitons pas à cultiver ces moments en petit ou grand comité.
On peut donc conclure que le bonheur est subjectif et multiformes. Trouver une forme de paix dans sa relation à soi-même, dans sa relation à l’autre, arriver à profiter des petits plaisirs quotidiens, ne pas avoir d’attentes démesurées… Cette quête se poursuit tout au long de la vie, avec des hauts, des bas, des accidents de parcours, des parenthèses enchantées. Comprendre ce qu’est le bonheur, c’est accepter qu’il ne se laisse jamais enfermer dans une seule définition. Au fond, peut-être que le bonheur n’est pas une fin en soi. Peut-être que ce qui compte, c’est le chemin ?
Le bonheur en questions
Podcaster :
- C’est quoi le bonheur pour vous ? Un podcast signé Julien Peron, qui a parcouru le monde pour interroger 1500 personnes autour de cette question. L’auteur en a également fait un livre et un documentaire, qui portent le même titre.
Consulter :
- La Fabrique Spinoza : Association créée en 2011, sorte sorte de Think tank français consacré au bonheur, qui vise à replacer le bonheur citoyen au coeur du débat public.
À lire :
- Du bonheur, un voyage philosophique de Frédéric Lenoir. L’auteur propose un voyage philosophique, joyeux et plein de saveurs en compagnie des grands sages d’Orient et d’Occident.
- La fabrique à kifs : muscler son bonheur grâce à la psychologie positive, de Florence Servan-Schreiber, Isabelle Pailleau et Audrey Akoun. L’intention de ce livre illustré est de découvrir 10 enseignements à intégrer au quotidien pour muscler son bonheur. Avec en bonus, des exercices et des ressources pour se donner toutes les chances de vraiment en profiter.
- La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, de Philippe Delerm. Un hommage à tous les petits plaisirs de la vie auxquels nous ne prêtons pas toujours assez d’attention.
Écouter/ Chanter :
Non, votre rédactrice n’a sélectionné ni Cali, ni Christophe Maé !
Un titre qui parle bonheur :
- Regarde comme il fait beau dehors des Casseurs Flowters.
Un titre qui rend heureux (et c’est scientifiquement démontré !) :
- Don’t stop me now de Queen.
Regarder :
- À la recherche du bonheur, de Gabriele Muccino. Un film basé sur l’histoire vraie de Chris Gardner qui surmonte les défis pour atteindre le bonheur.
- La série documentaire Unhappy sur ARTE : des documentaires de 20-30 minutes réalisée par Ronja von Rönne, qui enquête sur la définition du bonheur.

