Les règles abondantes, le tabou à l’intérieur du tabou qu’il est temps de briser

Règles abondantes corde rouge

Pendant des siècles, les règles ont été entourées de mystère et considérées comme taboues. Les femmes étaient souvent isolées ou exclues de certaines activités pendant leurs menstruations en raison de croyances superstitieuses. Si le sujet sort progressivement d’une ombre un peu honteuse, il reste inégalement traité. Un angle mort subsiste notamment : l’impact majeur des règles abondantes sur le quotidien des femmes. Alors que retentit l’appel du maillot de bain, Scarlette vous donne quelques pistes pour concilier menstruations et canicule.

Éviter les vêtements clairs, renoncer à une sortie entre amis, à une baignade à la plage. Se sentir à plat, être obligée de sortir en urgence d’une réunion. Se réveiller en sursaut, persuadée qu’on a taché les draps, voire le matelas. Ces phrases font écho chez vous ? Alors vous faites partie (ou vous avez fait partie) des 67% de femmes concernées par le phénomène de règles abondantes.

Les règles, un phénomène naturel encore classé « indésirable »

Règles abondantes serviette tampons coupe

Les règles restent un sujet peu abordé sur la place publique. Et lorsqu’il l’est, c’est à la limite du grotesque, comme ces fameuses publicités où le sang menstruel est…bleu !

Nous connaissons toutes ça. On ne parle pas des règles et, quand on le fait, on chuchote car le sujet met mal à l’aise, parfois même entre femmes. La faute à un conditionnement qui n’a que trop duré, qui nous fait croire que c’est secret, sale, et que ça ne regarde personne.

Et pourtant si. Par l’impact qu’elles ont sur notre quotidien, dans la sphère privée comme professionnelle, les règles sont aussi une question de société. Ce n’est pas seulement « un truc de bonne femme ».

Une parole qui se libère sur les douleurs liées aux règles

Règles abondantes maux de ventre

Depuis quelques années, de légers progrès sont à noter sur le front des règles douloureuses (également appelées dysménorrhée) et du SPM (Syndrome Prémenstruel). La parole s’est libérée et il existe des campagnes d’information et de sensibilisation. C’est aussi le cas pour l’endométriose, grâce notamment à des personnalités publiques qui ont témoigné de leur vécu et porté le sujet dans les médias.

Malgré tout, cela reste timide. La preuve en est, les différentes Propositions de lois visant à instaurer un congé menstruel déposées ces dernières années en France ont toutes été rejetées.

Si certaines entreprises ont choisi de compenser l’absence de cadre légal, nous sommes encore loin de l’Espagne ou du Portugal, qui ont légiféré sur le sujet depuis plusieurs années, sans parler du Japon où le droit au congé menstruel est inscrit dans la loi depuis 1947…

Des règles abondantes sous-estimées y compris par les femmes

Et puis il y a un sujet qui reste sous les radars, c’est celui des règles abondantes. 

Une étude (nommée RED, pour Règles, Expériences et Données), menée par Ipsos BVA et le laboratoire Cemag Care, vient mettre en lumière ce phénomène très largement sous-estimé, y compris par les femmes elles-mêmes.

De quoi parle-t-on quand on évoque des règles abondantes ? (appelées aussi ménorragies). Ces dernières se caractérisent par des menstruations dont la durée excède sept jours et où la quantité de sang par cycle est supérieure à 80 ml, soit 5 cup de taille moyenne, cinq tampons ou serviettes hygiéniques super plus remplis (il est possible de s’auto-évaluer, voir plus bas dans « Aller plus loin »). Pour faire simple, si vous devez vous changer plus souvent que toutes les deux heures, vous êtes concernée.

Des répercussions sur la santé qui nécessitent de consulter

Règles abondantes médication

Malgré l’impact majeur sur leur quotidien, beaucoup de femmes n’en parlent pas à leur médecin. Toujours à cause de ce fameux conditionnement, elles sont persuadées que c’est « normal », qu’il faut faire avec.

Alors elles développent des stratégies d’adaptation : anticiper un voyage, prévoir une culotte et un pantalon de rechange, éviter les échéances importantes les jours où les pertes sont les plus handicapantes.

Pourtant, les répercussions sur la santé physique et mentale pèsent lourd : fatigue (notamment due à l’anémie), irritabilité, douleurs, difficultés à dormir, sentiment de honte, isolement.

Le premier réflexe doit donc être de consulter. Parce que, non, ça n’est pas normal, et qu’il peut y avoir une cause médicale : déséquilibre hormonal, présence de fibromes ou de polypes utérins, adénomyose (sorte d’endométriose de l’utérus), problèmes de coagulation… La péri-ménopause peut aussi entraîner un flux très abondant, mais encore faut-il le savoir.

Dans 50% des cas environ, il n’y a toutefois pas de cause, on parle alors de ménorragies fonctionnelles ou idiopathiques.

Quelles solutions contre un flux abondant ?

Une fois passées les étapes de l’auto-évaluation (pour la prise de conscience), et la consultation médicale, plusieurs solutions peuvent s’étudier.

Outre les protections adaptées aux flux très abondants (tampons, serviettes, cups, culottes menstruelles), pas toujours suffisantes, il existe des traitements, hormonaux ou pas.

Scarlette a eu l’occasion d’échanger avec Manon Esposito, directrice de Cemag Care, jeune laboratoire français fondé par André Ulmann, père de la pilule du lendemain, pionnier dans la santé des femmes.

Selon elle, les règles abondantes représentent « le tabou à l’intérieur du tabou des règles ». Elle regrette que ce phénomène, qui touche deux femmes sur trois, soit si peu documenté et elle souhaite lui donner plus de visibilité et sensibiliser les professionnels de santé et le grand public.

Haima® : une solution sans ordonnance et facile à adopter

Règles abondantes photo Haima Crédit photo Cemag Care
Crédit photo : Cemag Care

Cemag care a mis au point Haima®, un traitement sans ordonnance qui contient de l’acide tranexamique, une substance qui agit directement sur le mécanisme responsable du saignement. En aidant l’organisme à stabiliser le processus naturel de coagulation, il permet de réduire les saignements menstruels de 36 % à 54 %.

Le traitement, qui se présente sous forme de sachets très faciles à prendre et à transporter, est destiné aux femmes à partir de 15 ans qui ont des cycles réguliers (il coûte 12 euros la boîte de 12 sachets sachant que le traitement se prend sur 4 jours maximum).

Marion, utilisatrice d’Haima®, a constaté les effets très rapidement. Ayant des règles hémorragiques depuis des années, elle a découvert ce traitement et ne prend plus que ça. Non seulement son flux a fortement diminué, mais elle a moins de douleurs associées, utilise beaucoup moins de serviettes et n’a plus peur de se tacher tout le temps. Pour elle, le changement est spectaculaire.

Warmly, une innovation signée Salomé Klouman

Règles abondantes culotte Warmly
Crédit photo : Salomé Klouman

Il n’est pas rare que les règles abondantes s’accompagnent de douleurs. Au-delà des traitements, naturels ou pas, il existe depuis peu une « culotte anti-douleurs ». On doit cette innovation à Salomé Klouman, jeune Colmarienne de 23 ans. La jeune femme, confrontée à d’importantes douleurs de règles a transformé son envie d’aider les autres en aventure entrepreneuriale.

Face à l’absence de solution, elle a tout simplement décidé de l’inventer ! Elle pense alors aux vêtements de ski chauffants et décide d’adapter cette technologie à l’élaboration d’une culotte. C’est ainsi qu’est née Warmly.

Testée en laboratoire et aux normes européennes, elle intègre des filaments en fibre de carbone permettant de diffuser sur le ventre et dans le bas du dos trois niveaux de chaleur. Pour alimenter le système, une petite batterie amovible et rechargeable, d’une durée de quatre heures, se glisse discrètement dans une poche du sous-vêtement. La culotte est lavable en machine.

Warmly aide également à soulager les douleurs de l’endométriose. Pour Salomé, il est important qu’elle soit accessible pour toutes les femmes (la culotte coûte 97 euros), c’est pourquoi elle démarche actuellement les mutuelles, les pharmacies, mais aussi de grands magasins avec l’espoir de développer des partenariats.

Perdre beaucoup, c’est aussi dépenser beaucoup

Avoir des règles abondantes, ça veut également dire acheter des protections en plus grande quantité, sachant que l’inflation est passée par là. Résultat, en France, une femme sur trois est en situation de précarité menstruelle. Or, cette précarité peut avoir des conséquences dramatiques en termes d’hygiène et de santé. Certaines femmes sont parfois contraintes de garder le même tampon ou la même serviette pendant trop longtemps, ce qui augmente considérablement le risque d’infection et de choc toxique.

Là aussi, il existe des initiatives. Des associations luttent pour sensibiliser sur le sujet tout en soutenant les femmes concernées. On peut citer Règles Élémentaires, Menstru’Elles, la Fondation des Femmes ou encore l’ADSF (Agir pour la Santé des Femmes).

Des initiatives pour lutter contre la précarité menstruelle

Règles abondantes partenariat Nostrum Care et Jho
Crédit photo : Nostrum Care/Jho

Des partenariats se développent également, comme celui entre la mutuelle Nostrum Care et Jho, marque française de protections hygiéniques conçues en coton biologique.

Nostrum Care, mutuelle dédiée au bien-être et tournée vers la prévention, a fait le choix d’intégrer pleinement la santé menstruelle dans son modèle de couverture. Elle propose à ses adhérents la prise en charge des protections périodiques Jho, permettant un accès facilité à une offre à la fois qualitative et engagée. À travers leur collaboration, les deux entreprises portent une ambition commune : décloisonner la santé et lever les tabous qui persistent autour des règles.  

Règles et canicule : guide de survie

Règles abondantes femme à la plage

Ce n’est pas un hasard si Scarlette évoque ce sujet aux portes de l’été. Les fortes chaleurs, et a fortiori la canicule, ont un impact sur les menstruations. Notre température corporelle est déjà plus élevée en période de règles, et notre circulation sanguine se fait moins bien. Avoir les protections adaptées et/ou le bon traitement, c’est la base. À laquelle s’ajoute quelques précautions :

  • S’hydrater et manger moins salé : il faut boire (de l’eau !) encore plus que d’habitude, et freiner sur la salière pour lutter contre la rétention d’eau (vous trouverez des astuces dans l’article de Scarlette sur le gomasio).
  • Faire attention si vous utilisez une contraception naturelle car les cycles peuvent s’allonger un peu en période de grosses chaleurs.
  • Changer ses protections plus fréquemment, car avec la chaleur et l’humidité, les bactéries vont prospérer plus vite.
  • Éviter l’exposition aux heures chaudes : ce conseil vaut même en dehors des règles, mais la circulation sanguine étant moins performante pendant les règles, la vigilance est d’autant plus importante.
  • S’accorder des temps de repos.

Le point sophrologie

La pratique de la sophrologie ne va pas avoir d’impact direct sur le volume des règles. En revanche, elle peut aider à apaiser l’inconfort et les douleurs éventuelles.

L’exercice du chauffage corporel, pour relâcher les tensions physiques (le ventre notamment) et mentales.

  • Debout (ou assise ou allongée) les yeux fermés si possible, poser une main sur le ventre et l’autre sur les lombaires (à adapter en fonction de votre position).
  • Inspirer en gonflant le ventre, puis expirer par la bouche en laissant le ventre redescendre.
  • Vous pouvez compter les temps si cela vous aide, visualiser le trajet de l’air dans votre corps ou encore imaginer inspirer quelque chose d’agréable (le calme, la sérénité, l’énergie…), et expirer les sensations négatives (la douleur, l’inconfort, l’irritabilité, etc).
  • À faire aussi souvent que souhaité, pendant quelques minutes.

Au-delà des exercices pratiques, la sophrologie va aider à conscientiser sa période de règles et ainsi la rendre moins difficile à vivre. En partant du principe que notre corps et notre esprit sont interconnectés, ils vont s’envoyer des signaux pour se prévenir mutuellement en cas de danger ou de douleur mais aussi de moments plus agréables.

Ainsi, si notre esprit conditionne notre corps, à chaque cycle, en mode « Je vais avoir mal pendant 7 jours, ça va être la galère », quid du traitement de cette information par notre organisme ? Nous avons donc tout intérêt à exercer notre esprit à penser autrement. Mais pour cela, il faut une pratique régulière, l’efficacité de la sophrologie reposant sur le principe de répétition.

Avec l’arrivée de l’été, les femmes ont envie de pouvoir se mettre en maillot de bain, en robe blanche, d’aller danser, de faire du sport sans être empêchées par des règles abondantes.  Il n’y a pas de fatalité et des solutions existent, à chacune de trouver la sienne ! Scarlette vous souhaite un bel été.

Pour aller plus loin

S’auto-évaluer :

  • Afin d’accompagner les femmes dans une évaluation objective de leurs menstruations, le CHU de Lyon met à disposition le score de Higham, un outil scientifiquement validé, simple et fiable qui permet un premier repérage des règles abondantes avant toute consultation médicale.
  • Site internet https://what-the-flux.fr, une véritable mine d’informations que l’on doit au laboratoire CemagCare.

Podcaster :

Lire :

Écouter :

  • Douze fois par an de Jeanne Cherhal, une chanson qui aborde les règles douloureuses.

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